Espace d'échange de la diaspora congolaise.
Clôturant le 16 octobre 2010 à Brazzaville, les travaux de la coordination nationale de l’Alliance pour la République et la Démocratie (ARD), cette frange de l’opposition a dénoncé, dans une déclaration rendue publique à l’issue de cette rencontre, plusieurs maux dont souffre le Congo sous le régime Sassou Nguesso. A cette occasion, les membres de l’ARD ont fustigé également la résidence surveillée à peine voilée à laquelle est soumis M. Mathias Dzon, leader de cette plateforme politique composée d’une dizaine de partis. En voici quelques extraits :
«...Les gouvernants ont fêté. Mais, ils n’ont pas présenté le bilan des 50 ans d’exercice de l’indépendance, surtout, ils n’ont pas été à même de tirer les leçons nécessaires des 50 ans d’indépendance. Et pourtant, ce premier jubilé de notre accession à la souveraineté internationale l’exigeait et pour notre pays particulièrement, le peuple congolais attendait ce bilan. Le discours du président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, prononcé à cette occasion sur l’état de la Nation a plutôt déçu sur tous les plans.
1) Au plan politique
Nous l’avons dit dans notre déclaration sur le cinquantenaire. Les 50 ans d’indépendance du Congo sont marqués par les violences politiques qui ont occasionné d’importantes pertes humaines et matérielles, l’intolérance, le refus de la différence, l’arbitraire et les pratiques dictatoriales. La monolithisme politique de fait, a plombé le bon exercice de la démocratie suivant les standards universellement admis.
Après le désastre de juillet 2009 où l’élection présidentielle a été plutôt une vaste escroquerie, l’horizon politique congolais continue de s’assombrir, suscitant inquiétudes et interrogations. La léthargie gangrène la tête de l’Etat. Les nombreuses et pompeuses promesses faites par le président de la République lors de sa prestation de serment le 14 août 2009 sur la démocratie, la liberté et la tolérance se sont, comme il fallait s’y attendre, évanouies. Plus rien ne marche dans le pays. Le gouvernement de la République ne se réunit pratiquement pas pour traiter des dossiers nationaux essentiels. Quand cela lui arrive, il passe le temps à examiner des organigrammes d’entreprises en lieu et place des conseils d’administration de celles-ci.
Le président de la République est, quant à lui, toujours parti. Les quelques moments de sa présence au pays ne laissent pas apparaître une initiative susceptible d’apporter une réponse aux attentes des congolais. Il laisse poursuivre la même politique totalement rejetée par les congolais. Il refuse obstinément le dialogue au sein de la classe politique, privilégiant la corruption et les manœuvres de déstabilisation de l’opposition. Il s’entête à vouloir réitérer les forfaits électoraux d’hier en organisant seul le recensement administratif, en vue de déterminer le corps électoral pour les législatives de 2012. Les listes actuellement en cours d’établissement sont truffées de manipulations monstrueuses (des parcelles inhabitées, des villages disparus sur la cartes dotés d’habitants fictifs.
L’opposition, soucieuse de la paix et de la sérénité dans le pays, n’a pas cessé d’appeler le pouvoir à la raison pour qu’ensemble, la classe politique construise une nouvelle dynamique, par l’organisation consensuelle de toutes les opérations qui garantissent un bon scrutin en 2012. Malheureusement, le pouvoir fait la sourde-oreille et ces derniers temps, il s’emploie à créer dans le pays un climat d’insécurité, et pour cause :
- Les braquages ont repris dans les grandes villes, particulièrement à Brazzaville où des fretins sont brandis comme braqueurs, laissant dans l’ombre les vrais et leurs commanditaires ;
- Le département du Pool est à nouveau instrumentalisé. Des centaines d’hommes en armes (police, armée, gendarmerie) y sont envoyés sous couvert d’une fausse opération « KIMIA », mais en réalité pour faire peur et rechercher le prétexte d’une vaste opération militaire dont on ignore le but visé.
Parallèlement à cette recrudescence de l’insécurité dans le pays, une fébrile agitation voit le jour, particulièrement dans l’entourage du chef de l’Etat et dans le clan familial. D’après un journal de la place (« Cocorico »), dans sa livraison n°045 du 11 octobre 2010, ces agitations seraient liées à la succession du chef de l’Etat. Ce qui rend encore le climat politique plus lourd et la situation politique plus complexe.
Pourquoi, juste un an après la prestation de serment par le président de la République réélu, le pouvoir se préoccupe-t-il de la succession à la tête de l’Etat ? Pourtant, même s’il en était ainsi, la Constitution du 20 janvier 2002 est claire à ce sujet en ses articles 70 et 71. Et justement en application de ces articles, les républicains, les patriotes et le peuple congolais n’autoriseront quiconque à vouloir s’aventurer à confisquer le pouvoir d’Etat par la force. Seul le peuple congolais décidera par un vote libre et transparent, qui succédera à Denis Sassou Nguesso, et tout ceci dans la paix et la sécurité. L’unité nationale, la tranquillité du peuple en dépendent.
Dans cet esprit d’unité nationale et de tranquillité du peuple, l’Alliance pour la République et la Démocratie (ARD) invite la classe politique dans son ensemble et le pouvoir à faire preuve de sagesse et d’humilité pour instaurer dans notre pays, et maintenant, un vrai dialogue politique qui permette d’envisager avec assurance les élections législatives de 2012 et construire une véritable gouvernance politique. Les tentatives d’embrigadement ou les fausses manœuvres et les opérations de charme autour d’un gouvernement d’union nationale ne mèneront nulle part.
2) Au plan économique
Après 50 ans d’indépendance, certes célébrés dans le doute et l’interrogation, l’économie congolaise reste à définir et à construire. Les fausses promesses du président de la République sur l’Etat de la Nation à la veille du cinquantenaire n’ont guère rassuré les congolais, bien au contraire. L’économie congolaise reste donc une économie primaire de quasi mono produit, le pétrole. Ce pétrole qui, sous d’autres cieux, a permis l’émergence d’une industrie florissante, la construction de grandes infrastructures et promu d’autres secteurs d’économie secondaire et tertiaire, étale dans notre pays uniquement son odeur et l’ostentation d’un petit clan. Et pourtant, ce pétrole a, ces dernières années, dégagé des ressources importantes… Mais rien, rien de bien concret sinon des bricolages, du tape à l’œil comme ce premier pavillon de l’aéroport de Maya-Maya réalisé à prix d’or, la règle de la surfacturation aidant.
En 2010, le budget couvrant les 12 mois a été arrêté en recettes et en dépenses à 2.831, 257 milliards de FCFA dont un excédent de 1364,474 milliards de FCFA. Ce budget, aux dires du gouvernement, n’a été exécuté qu’à hauteur de 14% à fin juin.
Pour 2011, avec une production pétrolière estimée sensiblement au même niveau qu’en 2010, 127 millions de barils, les recettes et les dépenses sont prévues à 3.004,653 milliards de FCFA dont un excédent de 1.243,575 milliards de FCFA. Comme en 2010, il est encore prévu une « précaution », cette fois 5$ le baril et une décote de 3,285$ le baril. La question qu’on est en droit de se poser est celle-ci : Qu’a-t-on fait :
1- de « la précaution » de 10$ le baril de 2010 et des exercices antérieurs ?
2- de l’excédent de 1364,474 milliards de FCFA qui n’apparaît pas dans le compte de stabilisation des recettes budgétaires ouvert dans les livres de la BEAC ?
3- du solde non utilisé des ressources de 2010, puisque le budget n’a été exécuté qu’à hauteur de 14% et qui de ce fait, devrait figurer dans le budget 2011 en opération sur exercice antérieur (report à nouveau) ?
Ces questions devraient logiquement être posées par l’Assemblée nationale, si elle n’était pas une simple caisse de résonnance, pour que le gouvernement apporte des réponses appropriées. Bien évidemment, les gaspillages et les coulages apparaissent horribles. Au plan économique donc, le pays flotte et se détruit. Les villages agricoles en cours de réalisation ne sont qu’objet de propagande, rappelant tristement les années sombres du régime du parti unique avec les OCC, les OCV, les fermes de Kombé, Mantsoumba, etc.…, des « joyaux » du mono qui ne sont plus que souvenirs.
Sans politique économique cohérente, il n’y a pas d’économie et sans liberté et transparence, il n’y a pas d’éclosion d’initiatives économiques. En dehors du pétrole, notre pays a cessé d’exercer un attrait pour les investisseurs internationaux, les systèmes D, les cafouillages, les coulages et la corruption, étant à leur comble. La construction d’une économie nationale est un défi majeur qui ne peut être relevé que par une autre politique avec des hommes nouveaux. C’est notre pari.
3)Au plan social
Le bilan fait par le président Denis Sassou Nguesso lui-même, dans son discours du 13 août 2010, apporte un éclairage qui se passe de commentaires :
« … J’ai parlé du social comme maillon faible de notre action, parce qu’une partie considérable de notre population manque du minimum nécessaire. C’est notre plus grand défi. L’eau, l’électricité et les soins de santé ne sont pas encore à la portée de tous. L’emploi non plus. Cette situation est aggravée par le dépeuplement de nos campagnes au profit des deux principales villes du pays, Brazzaville et Pointe-Noire, qui abritent à elles seules plus de la moitié de la population nationale. La conséquence de cet exode rural massif est l’urbanisation accélérée et anarchique qui a accentué un peu plus encore la pauvreté en milieu urbain, en exacerbant les problèmes de logement, de transport, de voirie, de sécurité et de chômage. Nos échecs au plan social sont imputables, pour une large part, aux contreperformances de notre économie… »
Après ce constat, quelles leçons a-t-il tiré ? Assurément aucune. Et depuis, notre pays continue à sombrer dans la pauvreté et la maladie. Le panier de la ménagère est quotidiennement érodé par les prix élevés des denrées de première nécessité sur les marchés. S’agissant des autres volets de la situation sociale, rien ne marche. L’eau continue à manquer, l’électricité est un véritable calvaire. L’Ecole et l’Université congolaises offrent le spectacle le plus affreux. La rentrée des classes de cette année a été une autre occasion pour les enseignants de renouveler les mêmes revendications jamais satisfaites, en dépit des cahiers de charge présentés au gouvernement à chaque période.
Pendant ce temps, les dirigeants du pouvoir et les nouveaux riches qu’ils ont fabriqués, à coups de « contrats et marchés » de l’Etat octroyés aux parents, enfants, femmes, maitresses, amis, etc, se construisent des fortunes colossales, se livrent à des gaspillages scandaleux et se prélassent sur les trottoirs du « Chemin d’avenir ».
Face à cette situation d’ensemble, l’ARD appelle le peuple congolais au courage, au ressaisissement et au sursaut collectif.
Voilà brièvement présenté l’état désastreux de la situation que les Congolais vivent. Comme nous l’avons dit ailleurs, nous devons engager la réflexion nécessaire pour construire des pistes nouvelles de sortie.
Le changement et la rupture demeurent plus que jamais à l’ordre du jour et requièrent désormais une acuité particulière.
Dans ce sens, l’ARD, tirant les leçons du dialogue manqué de 2009, considère que l’heure est à l’examen des différentes propositions de trouver des solutions idoines pour sortir le pays de la situation actuelle.
Fait à Brazzaville, le 16 octobre 2010
La Coordination Nationale
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