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Pour se justifier les traces de virements venus de l'étranger et du paiement en liquide de factures, l'ancien ministre de l'Intérieur n'a pas encore osé toutes les défenses.
C'est un témoignage qui a été balayé par l'actualité. Un peu oublié. Pourtant l'homme a agité l'année 2011 avec ses fracassantes révélations sur des versements d'argent liquide aux hommes politiques français, et notamment à l'Elysée. Selon lui, des millions d'euros ont alimenté le chef de l'Etat français et le secrétaire général du Château, entre 1995 et 2005. A l'époque, il s'agit de Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Et leur ancien missi dominici vers les présidents africains, l'avocat Robert Bourgi, soulage sa conscience dans le bureau des juges Roger Le Loire et René Grouman le 4 octobre 2011. Les remises d'argent «étaient périodiques entre 1995 et 2005, et s'accéléraient au moment de la campagne présidentielle de 2002. Je peux quantifier l'ensemble des sommes remises à 25 millions de dollars (20 millions d'euros)».
L'éclairage à la Bourgi
Rouage essentiel de la Françafrique depuis la fin des années 80, Bourgi n'hésite pas à dérouler devant les magistrats qui instruisent les dossiers des Bien Mal Acquis le cérémonial précédant la valse des billets. «Etant le conseil de chefs d'Etat, j'informais le président Chirac, comme de Villepin, de mes déplacements en Afrique et mes interlocuteurs français, à des périodes décidées par eux, me disaient de passer un essage au che d'Etat que j'allais voir. Ces chefs d'Etat à qui je passais le message, prenaient attache avec M. Chirac ou M. De Villepin, et là se décidait l'envoi d'émissaires».
Car, jure le juriste, lui n'a jamais «touché comme on dit en Afrique le papier (1) C'était des missionnaires qui arrivaient avec la valise diplomatique et que je conduisais chez le président de la République.» Alors l'argent liquide était gentiment remis aux éminentes instances françaises par des bienfaiteurs au parcours aussi démocratique qu'Omar Bongo, feu président du Gabon, Denis Sassou Nguesso, toujours cramponné à la tête du Congo Brazzaville, Teodoro Obiang, assis sur les réserves de pétrole de Guinée Equatoriale ou Blaise Compaoré, largement réélu depuis 30 ans à la tête du pays des hommes intégres, le Burkina Faso.
Des temps révolus, a promis Bourgi, depuis qu'en 2005, il s'est fâché avec le clan Chirac pour se rapprocher de Nicolas Sarkozy… et de Claude Guéant, son directeur de cabinet d'alors, promis à d'encore plus hautes fonctions. «Il n'y a plus eu une remise d'argent après septembre 2005», certifie le témoin. La fin d'une époque, le début d'un nouveau compagnonnage…
Le nouveau Foccart
Car Robert Bourgi va devenir un maillon essentiel de la relation si particulière qui va s'établir entre la Sarkozie et l'ancien pré carré africain de la France. «J'ai assisté à tous les entretiens que le ministre candidat a eu avec les chefs d'Etat Africain à Paris». Le roué avocat se transforme alors en guide des coulisses africaines pour le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant «que j'accompagnais toujours» précise-t-il. Devant la caméra de Bakchich, Robert Bourgi a même évoqué sa ressemblance avec Jacques Foccart. Une comparaison qui n'est pas neutre.
Homme de secrets et de services, Foccart a été l'architecte des réseaux Françafrique, un système qu'il a créé sous de Gaulle et avec lequel le candidat puis le président Sarkozy disait vouloir rompre. Avant, semble-t-il de se raviser, au grand dam de la cellule Afrique qu'il a lui même mise en place.
La noire robe de l'avocat
De sa découverte du continent noir, Claude Guéant a conservé quelques relations. Comme l'a dévoilé France Inter, désormais avocat comme son guide Robert Bourgi, l'ancien ministre de l'Intérieur a multiplié les rencontres avec les président africains, que ce soit Denis Sassou Nguesso ou Teodoro Obiang. Les mêmes qui, aux dires de Bourgi, aimaient à gratifier les hommes politiques français de valises de billets.
Depuis les révélations du Canard Enchaîné, Claude Guéant a les plus grandes peines à justifier les traces, dans ses comptes, d'un virement de 500 000 euros venus de l'étranger et de factures acquittés en liquides par ses soins. La vente de tableaux à un avocat malais se heurte aux prix des toiles, surcôtés et non déclarés, quand la version de primes de cabinet versés par le ministère de l'Intérieur lors de son passage place Beauvau comme directeur de cabinet s'abime sur les témoignages d'anciens collègues. Au moins n'a-t-il pas osé avoir découvert dans ses bureaux des cadeaux africains oubliés par ses prédécesseurs….