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Espace d'échange de la diaspora congolaise.

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Une victoire de la «Françafrique

La mise à l'écart de Jean-Marie Bockel


Le secrétaire d'Etat à la Coopération rêvait de «moraliser» les rapports entre Paris et l'Afrique : à la demande de plusieurs chefs d'Etat africains, il a été écarté par Nicolas Sarkozy

Un nouveau soldat est tombé sur le front du combat contre la «Françafrique». Après Jean-Pierre Cot, chargé en 1981 de la moralisation avec le pré carré africain, dans le cadre du «changement» socialiste, mais rapidement débarqué par François Mitterrand pour avoir pris sa tâche au sérieux, c'est au tour de Jean-Marie Bockel, son lointain successeur au secrétariat d'Etat à la Coopération et symbole de la «rupture éthique» sarkozyenne sur le continent noir, de périr. Lors du remaniement du gouvernement, l'ex-socialiste Bockel, chargé des relations (officielles) avec les pays africains, a été sacrifié par l'Elysée et «promu» secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants. Selon des sources sûres, ce sont les vétérans de la «Françafrique» - le chef de l'Etat gabonais Omar Bongo (quarante ans au pouvoir), le Congolais Denis Sassou Ngesso (vingt-trois ans), le Camerounais Paul Biya (vingt-six ans) - qui ont demandé à l'Elysée la tête de ce ministre d'«ouverture et de rupture», originaire du PS. Et qui l'ont obtenue. Le gouvernement gabonais, qui a donné le coup de grâce, s'est publiquement réjoui : «Pour nous, c'est un signe intéressant.»
En février, Jean-Marie Bockel avait demandé à Nicolas Sarkozy de concrétiser sa promesse de rupture en signant «l'acte de décès de la Françafrique». Il avait requis de ne plus «céder à un certain nombre de caprices (...) de certains pays qui ont(...)une rente pétrolière qu'ils ne consacrent pas aux investissements qu'ils nous demandent de financer». Et de s'interroger : «Que deviennent ces revenus pétroliers ? Pourquoi la population n'en bénéficie-t-elle pas (...) tandis qu'une minorité mène un train de vie luxueux ?» Les «émirs du golfe de Guinée» (riche en pétrole propulsé à 100 dollars le baril) gabonais, congolais et camerounais s'étaient sentis directement visés. Et avaient alors demandé un «geste concret» à l'Elysée.

Pourtant, la sortie de Jean-Marie Bockel n'était pas un pavé jeté par surprise dans le marigot. Son discours avait été visé au palais présidentiel. Après la désastreuse visite du dictateur libyen Kadhafi, un discours «moral» pouvait redresser l'image. Mais Nicolas Sarkozy se trouve, à propos de l'Afrique, dans une situation schizophrénique. Autour de lui, deux tendances cohabitent. L'une «néoréaliste», incarnée par son conseiller pour l'Afrique Bruno Joubert et son conseiller diplomatique Jean-David Levitte, voudrait que la France normalise ses relations avec le pré carré francophone et se tourne vers d'autres pays au poids politique et économique important, comme l'Afrique du Sud. Une autre, représentée par le puissant secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, reste plus sensible aux «arguments» des réseaux «traditionnels». Entre les deux, le président semble naviguer à vue.
Symbolique, le premier voyage de Nicolas Sarkozy en Afrique, à la fin de juillet 2007, a illustré cette valse-hésitation. Alors que la tendance «moderniste» Levitte-Joubert préparait une escapade hors du pré carré, Nicolas Sarkozy aboutit finalement, sur les conseils de Guéant, à Libreville, chez Omar Bongo. Après avoir obtenu du Club de Paris un allégement de la dette bilatérale gabonaise de 15%, le président français annonce à Bongo que la décote sera portée à 20%. Au secrétariat d'Etat à la Coopération, on n'en continue pas moins de tenter de réduire l'aide publique aux dispendieux «émirs du golfe de Guinée». Et, en décembre, c'est l'incident. En visite à Paris, le chef de l'Etat congolais, Denis Sassou Nguesso, ressort furieux de chez Jean-Marie Bockel, qui lui a annoncé que l'aide française ne sera que d'une centaine de millions d'euros et non de deux cents. Il s'en plaint à Nicolas Sarkozy, qui s'en prend à ses collaborateurs et accorde illico au potentat de Brazzaville 180 millions d'euros.
Rien ne calme les chefs d'Etat gabonais, congolais, camerounais. Pas même le classement en novembre (arrangé à l'avance, selon une bonne source) par le parquet de Paris d'une plainte pour «recel de détournement d'argent public» contre cinq chefs d'Etat africains, malgré une très sérieuse enquête de l'Office central de Répression de la Grande Délinquance financière sur les biens immobiliers et comptes bancaires en France des familles Bongo et Nguesso. Au contraire, ils sont furieux que l'enquête «fuite» dans la presse française. A Brazzaville et Libreville, on agite réseaux et menaces. Selon la «Lettre du continent», Bongo (qui aurait beaucoup contribué au financement de partis politiques français. ..) déclenche la panique à Paris en rappelant qu'il a aussi des dossiers qui pourraient sortir : «La presse gabonaise est libre»... Et puis il y a aussi d'importants contrats en cours au Gabon, au Cameroun, au Congo. Vincent Bolloré, «l'ami milliardaire» de Sarkozy, auquel il prête son yacht et son jet «mais ne fait pas d'affaires avec l'Etat», est sur les rangs. Lors du remaniement, un UMP discipliné, Alain Joyandet, remplace Bockel. Le maire de Mulhouse, lâché par son ministre de tutelle, Bernard Kouchner, ira aux Anciens Combattants.

 

Jean-Baptiste Naudet
Le Nouvel Observateur

 



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