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Solange Koulinka : entraîneuse de l'équipe nationale dame du Gabon

Solange Koulinka : «Mon souhait est que les filles soient encadrées par les anciennes handballeuses»



Solange Koulinka : «Mon souhait est que les filles soient encadrées par les anciennes handballeuses»
En séjour à Brazzaville depuis le 5 février dernier, l'ancienne gloire du handball congolais, sociétaire de l'Étoile du Congo, Solange Koulinka, est aujourd'hui entraîneuse de l'équipe nationale dame du Gabon. Dans une interview accordée aux Dépêches de Brazzaville, elle souhaite que les filles soient encadrées par les anciennes joueuses qui ont pratiqué le handball de haut niveau, afin de relever le niveau de cette discipline.

Les Dépêches de Brazzaville (D.B.) : Vous êtes ancienne internationale congolaise de handball, aujourd'hui entraîneuse au Gabon. Comment expliquez-vous cette situation ?
Solange Koulinka (S.K.) : Après avoir arrêté sur le terrain en 1992, étant joueuse de champ, et par rapport à la reconnaissance du pays, les autorités m'ont envoyée au Canada pour aller faire mon troisième degré, que j'ai obtenu, grâce au Comité olympique congolais qui nous reste reconnaissant. Le Gabon a profité de mon retour du Canada en 2007, car je n'étais pas encore prise en charge par mon pays. Ils avaient juste besoin de ma prestation en tant que technicienne. Ils ont alors demandé à ma fédération, qui a accepté que j'aille les aider. Voilà pourquoi je me retrouve du côté du Gabon. Le sport est ma profession, parce que je suis tout d'abord professeur d'éducation physique sportive (EPS). Je suis la seule femme qui a le troisième degré et je suis encadrée par mes collègues anciennes Diables rouges, et ensemble, nous allons faire le chemin. Aujourd'hui, je dirai que je fais la fierté du Congo au Gabon.

D.B : Quel jugement portez-vous sur le niveau du handball congolais aujourd'hui ?
S.K : Le handball a beaucoup régressé. Ce recul concerne toutes les disciplines sportives, étant donné que notre pays sort de la guerre. Les gens doivent donc s'asseoir, qu'il existe également la volonté de celles qui sont encore sur le terrain pour que nous discutions de toutes ces questions. Je viens d'assister aux entraînements des filles de l'Étoile : je n'ai pas senti la volonté de vouloir faire quelque chose, c'est comme si elles venaient s'amuser. Pour elles, c'est de la distraction. Pourtant à notre époque, ce n'était pas ça ; nous venions franchement pour jouer, pour défendre les couleurs du pays, et même pour l'honneur de nos familles respectives. Nous ne jouions pas pour l'argent, mais parce qu'on aimait la chose et il fallait se sacrifier. Et ces sacrifices ont fait que nous pouvions faire les bonnes choses.

D.B. : À ce sujet avez-vous profité de votre séjour pour organiser un séminaire d'échange de connaissances entre vos amis entraîneurs ?
S.K. : Au retour du Canada, j'ai eu à organiser un stage à Pointe-Noire, où nous avons une commission des entraîneurs ; par contre à Brazzaville, non. Je dirais qu'avec l'appui de tous les acteurs du handball, la fédération et les collègues entraîneurs, nous pourrions nous asseoir pour discuter et regarder ce qui ne va pas, les avantages et les inconvénients, et ensemble, travailler avec les enfants. Je suis là : j'attends que la fédération nous donne le top.

D.B. : Avez-vous créé une opportunité afin de révéler quelques techniques du handball aux jeunes talents congolais ?
S.K. : Je n'ai pas eu le temps, mais je suis en train de discuter avec mes anciennes copines, parce que notre présence pourrait permettre un changement de mentalité et de comportement des enfants. Je pense que nous pourrions adopter la politique des pays étrangers, où les filles sont encadrées par les femmes et les hommes s'occupent des hommes. Je crois que lorsque, nous, les anciennes, nous serons toutes autour de ses filles, vous verrez un grand changement. Mon est souhait est que les filles soient encadrées par les anciennes qui ont fait du handball de haut niveau, peut-être alors, auront-elles peur... Qu'on nous confie les jeunes filles, ne fusse qu'une année pour qu'on regarde !

D.B. : Disposerez-vous de temps pour l'encadrement ?
S.K. : Ça, je vous l'affirme et je parie que si on les laisse un peu aux anciennes que nous sommes, nous y veillerons.

D.B. : Êtes-vous, je parle des anciennes handballeuses, rassemblées au sein d'une association ?
S.K. : C'est un projet en gestation, mais toutes les anciennes de l'Étoile du Congo, nous sommes là pour encourager nos cadettes.

D.B. : Croyez-vous quitter le Gabon un jour pour revenir servir au pays ?
S.K. : Tout dépend de la fédération. Quand mon pays aura besoin de mes services, je reviendrai, parce que le pays a sorti beaucoup d'argent pour ma formation. Malgré ça, je fais l'honneur du pays au Gabon.

D.B. : Quel est le niveau de l'équipe nationale gabonaise ?
S.K. : Au Gabon, j'ai trouvé un travail important à réaliser. J'ai trouvé une petite équipe avec des filles qui ne pouvaient même pas faire une passe ou réceptionner le ballon ; elles ne connaissaient pas les trois pas. Donc j'ai repris les bases du handball. Aujourd'hui, si vous regardez le niveau des dames au Gabon, ça marche un peu. Si ce n'était pas le cas, je ne serais pas rappelée à tout moment. J'ai marqué le pas. J'entraîne depuis 2007 ; mon équipe, l'USN (club) a déjà participé à la Coupe des clubs champions. Avec l'équipe nationale, j'ai fait la Can de l'Angola et puis du Maroc.

D.B. : Quel message adresseriez-vous aux dirigeants des sports congolais et aux handballeuses?
S.K. : Je demande aux dirigeants d'être souvent présents avec les enfants, qu'ils ne baissent pas les bras malgré les défaites. Nous devons être unis, travailler main dans la main pour rehausser le niveau du handball congolais.
Aux enfants, je dirais de comprendre qu'à travers le handball, elles peuvent avoir beaucoup d'ouverture ; qu'elles s'y mettent, qu'elles travaillent et acceptent les sacrifices pour l'honneur du pays ! Ce n'est que par le travail que notre handball pourra retrouver les lettres de noblesse.

D.B. : Que dites-vous de la fuite des talents congolais pour l'Europe ?
S.K. : Chacun de nous a sa conception des choses. Je me dis que les jeunes s'évadent parce qu'elles se disent mal soutenues ici et que là-bas elles trouvent mieux. Si on pouvait bien les encadrer, on pourrait conserver notre équipe plus facilement. Je pouvais rester au Canada ; je me suis dit, je repars chez moi. Les dirigeants doivent regarder comment faire pour qu'il n'y ait plus fuite.

D.B. : Une autre préoccupation...
S.K. : Je voulais juste attirer l'attention des supporters. Les supporters congolais ont beaucoup changé : ils ne sont plus ceux que nous avons connus, qui nous incitaient à aller de l'avant. Les supporters d'aujourd'hui sont là seulement pour injurier, taper sur les entraîneurs et les joueurs. Si ce n'est que cela, ce n'est pas la peine ! Qu'ils restent chez eux et qu'ils nous laissent jouer sans eux, à huit clos. Ce que nous souhaitons de notre public, c'est qu'il vienne pour encourager et non détruire.

Charlem Léa Legnoki
BRAZZAVILLE-DAIC
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