Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Espace d'échange de la diaspora congolaise.

Publicité

Déclaration de Ange Edouard Poungui, candidat du principal parti d'opposition (UPADS)

Après un séjour en France, Ange Edouard Poungui, ancien premier ministre et candidat de l’U.pa.d.s (Union panafricaine pour la démocratie sociale), est rentré à Brazzaville, dimanche 15 février 2009. Le lendemain, lundi 16 février, il a animé une conférence de presse, devant de nombreux journalistes. Dans le mot liminaire qu’il a lu, il est revenu sur l’idée du recensement administratif spécial, pour déterminer le corps électoral et l’instauration d’une commission électorale «paritaire et indépendante». Nous publions, ci-après, l’intégralité de ce mot liminaire.

Mesdames et Messieurs de la presse nationale et internationale,
Chers invités
A chaque chose son temps et le moment d’un échange fécond et sincère, je l’espère déjà, entre vous et moi, est arrivé. C’est le moment de faire une mise au point sur toutes nos préoccupations partagées ou non.

Mesdames et Messieurs,
Je suis hanté par un espoir de changement. L’extrait ci-après de ma lettre de démission au Parti congolais du travail (P.c.t), adressée au président du comité central, le 28 novembre 1990, en est parfaitement éloquent à cet égard. Voici ce que j’écris, à cet effet, à cette époque: «…Pour ma part, je ne suis plus en disposition de cautionner de telles pratiques et, surtout, de continuer de faire partie d’un système pétri de culture monopartiste et qui se montre notoirement réfractaire à tout changement et organise, de ce fait, la résistance à toute velléité de rénovation et d’alternance… Je suis pour le changement, je continuerai, par conséquent, mon combat pour le rétablissement de notre peuple souverain dans ses droits. Voilà pourquoi, je réaffirme mon attachement à l’idée de convocation d’une conférence nationale, comme seul cadre où pourrait se réaliser un consensus national autour du processus de démocratisation de la vie politique nationale».Comme vous pouvez le constater, mesdames et messieurs, cet engagement pris, il y a 19 ans, demeure historiquement le point de départ de ma rupture totale avec un système politique forgé au fil des décennies, à travers la pensée unique et totalitaire, système incarné, à l’époque et encore aujourd’hui, par le Parti congolais du travail (P.c.t), dans le rejet systématique des valeurs de pluralisme, de tolérance, de démocratie véritable, de solidarité, de paix, de liberté fondamentale, de transparence, de bonne gouvernance.

Comme nous le savons tous, mesdames et messieurs, la Conférence nationale souveraine s’était bien tenue en 1991, mais si le renouveau démocratique exprimé par la Conférence nationale souveraine avait consacré la fin de la pensée unique et l’émergence d’une nouvelle ère de pluralisme politique, il n’a toujours pas permis l’assainissement des mœurs politiques. La lutte des idées se déroule encore et toujours dans l’intolérance et le non respect manifeste de soi et d’autrui.
Aujourd’hui encore, je suis, de plus en plus, conforté dans ma vision politique de la démocratie, avec l’espoir de changement qui inonde l’état le plus puissant de la planète, j’ai cité les Etats-Unis d’Amérique (USA) dont le locataire de la Maison blanche est, de nos jours, un Noir! Cela n’a été possible, dans ce pays mythique, que grâce aux vertus et aux délices de la démocratie.

Au niveau de notre continent, l’Afrique, qui offre encore le spectacle dégradant de tripatouillage de Constitutions pour maintenir certains chefs d’Etat africains scotchés à leurs fauteuils, tout autant que l’on y voit des gagnants d’élections prêter serment devant des perdants, à l’exemple du Zimbabwe, et du Kenya, je suis fort heureusement conforté par l’exemple du Ghana, dont le peuple a librement choisi son président, à la suite d’élections libres et transparentes.

Enfin, ma vision de la politique me permet de prendre encore date, aujourd’hui, et d’affirmer que la soif ou le besoin universel de démocratie des peuples modernes prendra le dessus sur la régression fatale des mœurs politiques, que certains dirigeants opposent cyniquement et avec mépris à leurs compatriotes.
Mesdames et messieurs,
Cette conférence de presse se tient, un mois et demi, après la fin de l’année 2008, qui a été marquée par un enchaînement de crises dont l’une entraînait l’autre et celle d’un pays se répercutait sur l’autre. Les progrès accomplis ce dernier siècle ont transformé notre monde en un village planétaire et la crise financière née aux Etats-Unis est devenue une crise mondiale.
Un bémol a, cependant, été introduit dans le fonctionnement néolibéral dominant et la responsabilité de la puissance publique dans le système de régulation a trouvé des partisans qui y étaient traditionnellement opposés.

Sur le plan économique, le monde subit une sévère crise économique et financière  qui risque de se transformer en récession mondiale, et nous devons faire nôtre, l’inquiétude qui s’empare du monde, afin d’y faire face, en toute responsabilité. Pour notre pays, le Congo, le constat est que depuis 1998, le prix du pétrole n’a cessé de s’envoler, de 16 dollars à 150 dollars, en 2008, tandis que la production pétrolière congolaise n’a cessé de croître. Ces données, qui auraient dû se traduire par une amélioration significative des conditions de vie des Congolais, se sont, au contraire, matérialisés sur le terrain par:
- une baisse constante de possibilités d’accès à un minimum de confort;
- un état de délabrement avancé des infrastructures urbaines et de l’équipement national;
- des pénuries endémiques d’eau et d’électricité;
- la ruine de la dignité humaine.

Ce triste constat, en ces débuts d’année 2009, année, vous vous en doutez, d’une élection majeure, capitale: l’élection présidentielle, bien évidemment; ce début d’année, comme je le disais tantôt, nous impose une sévère et responsable réflexion sur l’avenir de notre beau pays, le Congo. Il est profondément malade et il nous appartient d’apporter les changements qui vont le ramener à la vie.
Qui d’entre vous et nous, en effet, ne perçoit pas l’écho insoutenable des souffrances populaires qui jaillissent de nos villes comme de nos différentes régions et villages?
Sur le plan politique, c’est le moment de saisir l’annonce de l’élection présidentielle, au cours de cette année 2009, pour imprimer un nouveau départ. Notre combat sera axé sur une exigence inlassable de démocratie. C’est le moment d’exiger un recensement administratif permettant de déterminer, au plus juste, le corps électoral et l’instauration d’une commission électorale paritaire et réellement indépendante.

A ce combat, nous associons, de toute évidence, l’irréversibilité de la démocratie pluraliste et la pacification réelle du débat politique, tout en évitant les dérives. C’est ainsi qu’il nous faut:
- garantir le caractère nationale et républicain de nos forces armées;
- assainir les finances publiques, aujourd’hui vampirisées dans les circuits occultes et obscurs;
- créer des emplois;
- diversifier l’attelage productif de notre économie;
- mettre en œuvre une véritable décentralisation;
- inscrire notre jeunesse dans l’avenir, avec l’espoir de l’ouvrir au monde;
- et, enfin, doter nos chercheurs d’un outil et des moyens qui les remettent dans la course dont ils ont été écartés avec mépris.

Vous l’avez compris, mesdames et messieurs; je m’engage dans le combat de l’élection présidentielle, pour redonner au peuple congolais, la démocratie et de la dignité. Ce combat s’inscrit dans la constance de ma vision politique exprimée, je vous l’ai dit plus haut, dix-neuf ans plus tôt.
Ainsi donc, mon devoir de citoyen de ce pays meurtri et d’ancien dirigeant, vous en convenez, ne peut me laisser encore longtemps indifférent au sort que la classe politique congolaise, dans sa globalité, inflige injustement à notre peuple. Cette responsabilité historique devant laquelle je ne me disculpe point, loin s’en faut, exalte mon désir d’entreprendre tout ce qui peut concourir à la réalisation des idéaux de démocratie, de paix, d’unité et de progrès.

Cependant, mesdames et messieurs de la presse:
- Qui, de vous, ignore encore les multiples manœuvres frauduleuses orchestrées par le pouvoir, pour piper les dés destinés à la compétition en vue?
- Qui, d’entre vous, détient, connaît et, donc, peut nous produire ou nous fournir avec exactitude, les résultats officiels du recensement général de la population et de l’habitat, pourtant réalisé avec l’appui de la communauté internationale, d’une part, ainsi que ceux de la révision extraordinaire et unilatérale des listes électorales, effectuée ces dernières années, d’autre part?
Mon questionnement est motivé par le souci de maîtrise du corps électoral qui départagera les différents compétiteurs. C’est le moment de rappeler que la démocratie, par essence, consacre le gouvernement du peuple pour le peuple et par le peuple.

Mesdames et messieurs de la presse, chers invités,
Les grands électeurs, membres du Conseil national de notre grand parti, l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (U.pa.d.s) réunis en session extraordinaire, les 30 novembre et 1er décembre 2008, dans leur écrasante majorité, avaient porté démocratiquement leur choix, sur ma modeste personne, pour mener le combat de l’élection présidentielle de 2009. Je mesure la délicatesse de ma mission qui se confond, en même temps, avec le destin existentiel d’un parti, créé par un grand homme, le Professeur Pascal Lissouba, ce grand homme qui est maintenu injustement et arbitrairement en exil. Je réalise, aussi, le poids de ma responsabilité dans un rôle hautement symbolique, inimaginable à mon niveau, si le président Pascal Lissouba, ce   grand homme charismatique, jouissait, paisiblement et normalement, de tous ses droits.
Mesdames et messieurs,
Vous savez que le président Pascal Lissouba, président démocratiquement élu, dans ce pays, est la victime principale et la manifestation honteuse de l’intolérance du pouvoir issu du putsch d’octobre 1997, qui distribue, sous fond d’allégeance, des amnisties sélectives.
 A ce sujet, ma quête permanente de réconciliation nationale non altérée par l’exil, a déjà fait l’objet d’une lettre ouverte adressée à Monsieur Denis Sassou Nguesso, le 15 février 2005.

Enfin, mesdames et messieurs, ne pas avoir à choisir librement ses dirigeants, plonge le peuple congolais dans un profond désespoir. Des intimidations et menaces de toutes sortes fermentent ce désespoir et aggravent le dégoût du peuple congolais vis-à-vis des acteurs politiques. Le défaut d’offre d’une alternative crédible, précipite la mort de la démocratie congolaise.

L’Union panafricaine pour la démocratie sociale (U.pa.d.s), avec le soutien du peuple congolais, mesdames et messieurs, doit relever ce défi et utilisera tous les moyens légaux pour obtenir une élection transparente, juste et équitable. A défaut, tout autant que mon parti et toutes les autres forces démocratiques, nous pensons qu’aucune élection n’est possible dans ces conditions.
Pour ma part, c’est le moment de répéter que je ne saurais trahir le peuple congolais, mon parti et mes convictions, en me prêtant à un rôle de «faire valoir».

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article