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Espace d'échange de la diaspora congolaise.

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L’imbroglio politique malgache interpelle les Congolais

Ce qui se passe actuellement à Antananarivo, au Madagascar, est interpellant pour la conscience politique des Congolais, dans la mesure où cela remet en cause le principe de sécurisation des citoyens par les gestionnaires des institutions politiques. Rappeler que la politique est un « ensemble de règles et des institutions que s’impose à elle-même une collectivité pour vivre en sécurité »[1] n’est pas sans importance pour les Congolais qui se préparent cette année à une élection présidentielle. Car la réalité de la vie politique en République du Congo donne plutôt à penser que la politique sème la zizanie et la mort, au lieu de sécuriser les populations en favorisant leur vivre-ensemble et leur développement intégral. En réalité, que se passe-t-il au Madagascar, et en quoi cela peut-il intéresser les Congolais ?

En effet, le bras de fer politique qui oppose le président de ce pays, Marc Ravalomanana, au maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, a fait déjà plusieurs victimes. Déjà les manifestations du samedi 07 février dernier se son soldées par la mort d’au moins 23 personnes tuées, selon l’Agence France Presse (AFP). Ces victimes sont évidemment les partisans d’Andry Rajoelina, qui les avait appelés à investir un palais présidentiel, nouvelle étape dans son opposition au pouvoir de Madagascar. Et le président Ravalomanana, estimant que l’opposition outrepassait son rôle, a ordonné aux forces de l’ordre malgaches de tirer sur les manifestants. Ce qui, selon l’AFP, porterait à « au moins 91 le nombre de personnes mortes dans les violences qui ont émaillé depuis le 26 janvier le bras de fer entre M. Rajoelina et le président Ravalomanana dans la Grande Ile de l'océan Indien.» Tout était parti depuis le 24 janvier dernier, lorsque le maire d'Antananarivo appelait  à une grève générale contre la «dictature» du président Ravalomanana. De nombreuses manifestations contre le président avaient alors tourné à l'émeute dans la capitale malgache, faisant plus de 80 victimes. Et, le 3 février dernier,  Andry Rajoelina, qui avait déposé, la veille, une demande de destitution du président, sera lui-même démis de ses fonctions de maire par le ministère de l'Intérieur. C’est dire qu’on assiste à une sorte d’imbroglio politique dans ce pays.

 Mais, au-delà de cet imbroglio politique, qui est révélateur d’une immaturité politique indéniable, le problème qui se pose est celui de l’utilisation des populations comme chair à canon dans les luttes politiques en Afrique, au Madagascar et ailleurs. Jusqu’à quand les populations vont-elles être servies en holocaustes sur l’autel des luttes politiques ? Nous savons que le président Ravalomanana lui-même fut porté par une grande ferveur populaire pour venir à bout de son prédécesseur Didier Ratsiraka. C’est cette même ferveur populaire qui, pour ainsi dire, le porta au pouvoir. Et lorsqu’on se représente l’ampleur de ce mouvement populaire qui l’avait soutenu, rien n’éprouve qu’il ne se trouve pas d’anciens partisans du président Ravalomanana parmi ces manifestants qu’il fait fusiller aujourd’hui sans sourciller. Comment peut-il alors faire cracher du feu mortel sur cette même population qui l’a soutenu dans sa lutte contre son ancien adversaire politique Didier Ratsiraka ? Et rien n’exclut qu’Andry Rajoelina ne fera pas la même chose s’il parvient à occuper la présidence et qu’il rencontre une opposition dans l’exercice de son pouvoir. Cette attitude laisse comprendre que les populations ne sont qu’un tremplin pour gravir les marches du pouvoir. Et, une fois installé au sommet du pouvoir, on n’a plus aucun respect pour elles.

 Ce cas malgache est très édifiant pour les populations du Congo-Brazzaville, qui ont été divisées en autant de groupuscules ethnico-politiques qu’il y a de leaders politiques. Combien de victimes ne sont-elles pas tombées pour avoir soutenu, bec et ongle, des leaders politiques dans leur conquête ou conservation du pouvoir ? Parmi les personnes tuées dans les luttes politiques au Congo-Brazzaville, nombreuses sont des victimes d’un jeu d’alliances politiques sordides et irréalistes, orchestré par des acteurs politiques. En effet, depuis les luttes politiques pré-indépendance jusqu’à nos jours, les lignes politiques n’ont jamais cessé de bouger dans ce pays. Et les grandes alliances se sont généralement tissées sur un fond de recollage politique après un affrontement armé. Ce fut le cas du rapprochement entre l’UDDIA (l’Union Démocratique pour la Défense des Intérêts Africains) de Fulbert Youlou et le MSA  (Mouvement Socialiste Africain) de Jacques Opangault, après leur affrontement armé par partisans interposés, à travers les émeutes de février 1959.  Il en est de même du rapprochement, en 1994, entre l’UPADS (Union Panafricaine pour la Démocratie Sociale) de Pascal Lissouba et le MCDDI (Mouvement Congolais pour la Démocratie et le Développement Intégral) de Bernard Kolelas, un rapprochement dont le processus s’acheva en 1997 avec la nomination de Bernard Kolelas au poste de Premier ministre ; ceci après leurs affrontements armés, par partisans et milices interposés, en 1993 et 1994. Et le dernier exemple en date est celui du rapprochement entre le PCT (Parti Congolais du Travail) de Denis Sassou Nguesso et le MCDDI de Bernard Kolelas, en fin d’année 2006, après s’être affrontés par partisans et milices interposés, de 1997 à 2003.

 Dans ce jeu d’alliances politiques, on voit bien que les adversaires d’aujourd’hui peuvent devenir des alliés de demain, et vice-versa. Prises en otage dans ce jeu politique, les populations se trouvent ainsi victimes de l’un comme de l’autre camp politique. Aujourd’hui, si vous vous engagez dans un camp politique, demain vous pourrez être la victime du même camp que vous avez défendu s’il venait à s’allier à son adversaire d’hier. Les alliances ne se font pas sur la base d’une idéologie politique, mais simplement sur un fond d’humeur et d’intérêts des leaders politiques. Autrement, comment comprendre que le PCT, qui est un parti marxiste-léniniste, soit allié à un parti qui se réclame d’une idéologie  républicaine comme le MCDDI ? Ce que confirme, par ailleurs, Edgard Mfoumoune, membre du Comité National et Secrétaire National du Bureau Executif National (BEN) du MCDDI, chargé des nouvelles technologies de l'information, co-auteur avec Patrick Kibinza d'une motion de procédure à l'endroit des participants à la Convention du MCDDI, tenue à Brazzaville du 24 au 25 mai 2008. En effet, dans une interview accordée au site web Zenga-Mambu, Edgard Mfoumoune affirme clairement que le MCDDI et le PCT ont un clivage idéologique notoire dans la mesure où le premier est un parti républicain alors que le second est un parti révolutionnaire[2]. C’est autant dire que les luttes politiques au Congo-Brazzaville relèvent plus d’un positionnement personnel des leaders que d’une stratégie idéologique au service d’un quelconque développement du pays.

 Ce qui se traduit par des postures à la fois désinvoltes et inconséquentes des acteurs politiques vis-à-vis de leurs mandants. On l’a vu avec le régime de Pascal Lissouba. Ce dernier, dans sa campagne pour la conquête de la présidence de la République, affirmait, avec une éloquence sans pareille dans le pays, que  « Je ne suis pas venu pour me servir, mais pour vous servir.» Pourtant la réalité de l’exercice du pouvoir par son gouvernement contredit bien cette belle déclaration d’intention. En effet, son gouvernement a fait montre d’une désinvolture sans pareille, notamment envers cette frange de la population que Lissouba avait pourtant conquise grâce à son verbe, en l’occurrence les étudiants et autres intellectuels. L’on se rappelle ici les propos de Martin Mberi, alors ministre de l’Intérieur, à l’endroit des étudiants qui voulaient manifester leur mécontentement par la grève. Martin Mberi n’avait pas, en effet, hésité de leur opposer cette menace ouverte : « Les étudiants veulent faire la grève ? Mais ils vont rencontrer l’Etat. » L’Etat que Martin Mberi promettait aux étudiants, ce n’étaient pas bien sûr les services de paiement de leurs bourses qu’ils réclamaient légitimement, mais plutôt les services de répression de l’opinion, que sont la police, la gendarmerie et autres milices armés qui étaient prêts à cracher du feu mortel sur les éventuels manifestants.

 C’est ce feu mortel qui, finalement, sera craché sur les mêmes populations qui ont porté Pascal Lissouba à la magistrature suprême. Rappelons-nous que c’est grâce au soutien du PCT que Pascal Lissouba emporta le deuxième tour de l’élection présidentielle de 1992, contre son challenger Bernard Kolelas. Ceci à la suite d’un accord de partage de pouvoir entre l’UPADS et le PCT. « En demandant à ses électeurs de voter pour Pascal Lissouba, après la signature d’un accord secret entre le P.c.t et l’U.pa.d.s, au milieu des deux tours, Denis Sassou Nguesso avait assuré la victoire incontestable de Pascal Lissouba. Mais, à l’heure du «partage du gâteau», notamment la formation du gouvernement, le P.c.t, mécontent des portefeuilles qui lui avaient été attribués, claqua la porte et dénonça l’accord, en le qualifiant de «caduque »[3] Le PCT se sentit donc floué et trahi par son allié ; même l’élection de l’un de ses membres, André Mouellet, au perchoir de la première chambre du Parlement ne le consola jamais. Il décida alors de tourner casaque, car Lissouba restait impassible aux lamentations de son allié qui réclamait à cor et à cri le respect de l’accord de gouvernement passé la veille du second tour de l’élection présidentielle. « Il flirta alors avec le M.c.d.d.i dans l’opposition.»[4] Lorsque le groupe parlementaire PCT, qui occupe 19 sièges sur les 125 que compte l’Assemblée Nationale, soit 15,2%, quittera la mouvance présidentielle, composée en grande partie de  députés de l’UPADS (39 sièges, soit 31,2%), pour s’allier à l’opposition constituée majoritairement par le MCDDI (29 sièges, soit 23,2%), le groupe parlementaire de la mouvance présidentielle sera réduite à minorité, et l’opposition deviendra du coup majoritaire à l’Assemblée nationale.

 

Conformément à l’article 25 de la Constitution de 1992, la nouvelle opposition formée par le PCT et le MCDDI réclama au président Lissouba la nomination d’un nouveau premier ministre issu de ses rangs. Et, en réponse à cette réclamation, qui est en fait une nouvelle configuration du droit du PCT d’avoir sa part du gâteau puisqu’il a contribué à l’élection du nouveau président, le gouvernement Lissouba, après avoir dissous l’Assemblée nationale, fit cracher du feu mortel sur son ancien allié. La première fusillade de l’armée gouvernementale contre les partisans de l’opposition eut lieu en novembre 1993, au cours d’une marche pacifique organisée par l’opposition ; elle se solda par trois morts et de nombreux blessés, au niveau du rond-point du Centre culturel français. Selon Yitzhak Koula, « L’objectif de la manifestation de rue de l’opposition fut d’obtenir qu’un premier ministre issu de ses rangs soit nommé, et d’esquiver ainsi une consultation électorale de confirmation.»[5] Et les partisans de Denis Sassou Nguesso vont ainsi être des victimes de canons mortels de la part de leur propre candidat qu’ils ont voté au deuxième tour de l’élection présidentielle. Ceci à cause de ce jeu d’alliances politiques basées sur les intérêts des leaders, et non pas sur le service des populations. Ainsi, chaque fois que l’opposition s’exprimait contre le gouvernement en place, les partisans de Lissouba n’hésitaient pas à brandir leurs menaces contre elle, jusqu’à promettre une « somalisation » du pays : « Nous allons somaliser ce pays », pouvait-on entendre de leur part, en référence à ce qui s’était produit en Somalie où le pays était réduit en lambeaux à cause des guerres fratricides. Et la suite, pour le Congo-Brazzaville, nous la connaissons tous !

 

Aujourd’hui, lorsqu’on attend les mêmes partisans de Pascal Lissouba, qui avaient fini par mettre en exécution toutes ces menaces qui ont conduit le pays dans des guerres fratricides, critiquer le gouvernement actuel et s’acharner à vouloir revenir au pouvoir, on se dit que le ridicule ne tue pas dans la politique congolaise. S’ils ont la mémoire courte, pour ne pas se rappeler ce qu’ils ont dit et fait, eh bien, qu’ils sachent qu’ils existent des citoyens à la mémoire vive pour le leur rappeler. Ceci est valable pour tous ceux qui ont déjà exercé du pouvoir dans ce pays, et qui s’activent à se métamorphoser en anges, oubliant tout le tort qu’ils ont commis au peuple congolais dans leur passé politique. Des voix s’élèveront toujours pour le leur rappeler. Car un peuple sans mémoire est un peuple sans histoire. Or le Congo-Brazzaville a bel et bien une histoire, même si celle-ci est par moment occultée par les mêmes acteurs politiques qui veulent l’écrire au rouge avec le sang des mêmes citoyens auxquels ils promettent de vivre dans une « petite Suisse ». Le seul homme politique qui, avait tiré la leçon de ses premières turpitudes politiques, c’est le premier président du Congo indépendant, l’Abbé Fulbert Youlou. Ce dernier, conscient de la fracture nationale causée par les affrontements de février 1959, quitta pacifiquement le pouvoir en août 1963, lorsque les populations, manipulées par une élite communiste, réclamèrent son départ. L’actuel président, Denis Sassou Nguesso, serait de cette lignée si, après avoir démocratiquement passé le relais à Pascal Lissouba en 1992, n’était pas revenu au pouvoir à l’issue d’une guerre atroce et fratricide.

 

En somme, ce jeu d’alliances politiques pratiqué au Congo-Brazzaville constitue un signe visible de l’immaturité des acteurs politiques qui jusque-là gouvernent ce pays, car il est générateur d’insécurité au niveau de la nation. C’est dire que la République du Congo a besoin d’un jeu d’alliances politiques sécurisant pour l’ensemble des citoyens, et non pas de groupements politiques formés sur la base d’un opportunisme au service des intérêts individuels ou familiaux. C’est dans la sécurisation de tous les citoyens et de leurs biens que les hommes politiques congolais feront montre d’une maturité politique.

 

 

Krysis KILOKILA-KIAMPASSI

 



[1] CAPUL Jean-Yves, GARNIER Olivier, Dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Paris, Hatier, 2005, p.312.

[2] Cf. « Interview hebdomadaire du 08 Juin 2008  Invité: Edgard MFOUMOUNE, Partie 1 », in  Zenga-Mambu [en line] : http://zenga-mambu.com/ (consulté le 11/06/2008)

[3] DOKO P.A., NSONI J., « Grégoire Léfouoba retrouve, à la majorité, ses anciens camarades du P.c.t », in La Semaine Africaine, n° 2857 du Vendredi 9 Janvier 2009, p.3

[4] DOKO P.A., NSONI J., Id.

[5] YTZHAK KOULA, La démocratie congolaise « brûlée » au pétrole, Paris, L’Harmattan, 1999, p.22.

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