Espace d'échange de la diaspora congolaise.
Ils ont le goût et parfois les couleurs du PMU français, mais les systèmes de paris sur les courses hippiques qui se sont développés en Afrique depuis les années 1990 relèvent de sociétés indépendantes de leur mère française. "Nous avons une relation commerciale de client à fournisseur. Mais les entités africaines n'ont aucun lien avec nous", précise un porte-parole de la direction du PMU français.
Du Bénin au Togo en passant par le Gabon ou le Congo-Brazzaville, des centaines de milliers de ressortissants de treize pays africains francophones ont les yeux rivés sur Longchamp ou Deauville pour leur "tiercé" ou leur "quinté +", exactement comme les parieurs français. En 2007, les joueurs africains ont indirectement rapporté 2,5 millions d'euros au PMU français, sur un résultat global de 727 millions. Le Sénégal, le Mali, le Cameroun, le Gabon et le Burkina-Faso figurent parmi les meilleurs clients.
Qu'elles soient privées ou filiales des loteries nationales d'Etat, les PMU africains achètent à Paris les images des courses et les données (poids des jockeys, couleur des casaques, performances des chevaux) qui leur permettent de prendre les paris. Mais la gestion des enjeux, le calcul des rapports et la distribution des gains s'effectuent sur une base nationale. Les jeux africains s'effectuent donc "en masse séparée", selon le jargon maison. En clair, les sommes mises en jeu en Afrique ne quittent pas le continent.
L'insistance mise par le PMU français à expliquer l'indépendance de ses homologues africains à son égard s'explique non seulement par le caractère controversé des jeux de hasard dans des pays pauvres, mais surtout par les circonstances sulfureuses de la création des PMU africains.
Ces entreprises prospères ont été créées voici une vingtaine d'années par des gérants de machines à sous et de casinos d'origine corse proches de Charles Pasqua. Robert Feliciaggi, originaire du Congo-Brazzaville, s'associa alors avec Michel Tomi pour convertir l'Afrique au PMU. Robert Feliciaggi, assassiné sur le parking de l'aéroport d'Ajaccio en mars 2006, n'a pas comparu, à l'automne 2007, devant le tribunal correctionnel de Paris, où il devait être mis en cause, en compagnie de Michel Tomi et de Charles Pasqua.
Suite à ce procès, M. Pasqua a été condamné, en mars 2008, pour avoir financé illégalement sa campagne aux élections européennes de 1999 au moyen de sommes versées notamment par M. Tomi en échange de l'autorisation d'exploitation du casino d'Annemasse (Haute-Savoie). Ce dernier a été condamné pour "corruption active".
Source : Le Monde du 16/03/2009
http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/03/16/du-benin-au-congo-l-insolente-prosperite-des-pmu-africains_1168421_0.html