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Kamerhe aura été l’acteur politique congolais de l’année le plus controversé dans sa propre famille politique. Les récents événements témoignent de cette personnalité politique dont la simple évocation du nom suscite des avis mitigés. Intelligent et sympathique pour les uns, séducteur et ambitieux pour les autres. Brillant orateur et polyglotte, l’homme a le sens de la repartie. Apprécié autant dans sa province natale que dans celles de ses pourfendeurs dont il maîtrise les langues véhiculaires, il serait le député le mieux élu de sa famille politique.
Très dynamique, il a su démontrer à maintes reprises qu’il pouvait aussi être l’homme de la situation. Soldat infatigable au service de la paix, il a été de tous les fronts pour la défendre. D’abord aux côtés de LD Kabila et, depuis, il n’a cessé de mettre son intelligence aux services de l’actuel chef de l’État. Plus récemment encore, les congolais l’avaient vu à l’oeuvre à la conférence de Goma, aux côtés de Monsieur Malu Malu.
Secrétaire général de son parti, PPRD, dont il avait réussi à galvaniser les forces vives en vue de la bataille électorale de 2006, l’homme gagna le pari et fit élire au suffrage universel le candidat de son camp, Joseph Kabila. L’un des rares politiciens congolais ayant encore des convictions, il a su imposer sa marque au sein de cette immense salle de la plénière que les congolais, toute catégorie confondue, appellent abusivement hémicycle. Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, à l’épreuve de l’honnêteté, il faut admettre que l’homme est probablement un des meilleurs éléments dont dispose actuellement l’AMP. À tort ou à raison, certaines langues lui prêtaient déjà des ambitions présidentielles. Ce qui, au démeurant, est tout à fait légitime.
Vital Kamerhe a-t-il eu raison ?
Autant il est vrai que l’homme possède des qualités indéniables, autant il est plus objectif d’admettre qu’il avait désorienté plus d’un observateur de la vie politique congolaise. Pour cause, ses déclarations surprenantes au sujet de l’opération conjointe des armées rwandaise et congolaise, en janvier dernier, à l’Est de la RDC. Sacré coup au devoir de réserve que réquiert les fonctions du président du bureau de l’Assemblée Nationale. De l’intérieur comme de l’extérieur, les Congolais étaient nombreux à s’opposer aussi à cette opération et à saluer le « courage patriotique » de cet élu du peuple. Selon certains de ses amis politiques, les propos tenus par M. Kamerhe à la radio OKAPI auraient pu compromettre la sécurité intérieure.
Toujours est-il que, quelle que soit l’importance juridique que la constitution congolaise confère au Parlement, les Congolais ne devraient pas perdre de vue que l’élection au poste de président de l’assemblée nationale est tout d’abord une affaire politique. Dans les conditions normales de démocratie, ce poste revient à une majorité parlementaire. De ce fait, pour l’occuper, la voix du peuple est une condition nécessaire mais pas suffisante. Encore que l’élu du peuple doit obligatoirement avoir la confiance de sa majorité et en être le candidat désigné. La confiance de sa famille politique est un élément capital. Ce qui a été le cas avec M. Vital Kamerhe jusqu’à ce que ses amis décident de la lui retirer. Est-ce pour de bon ?
On peut toutefois discuter de la motivation et de la manière qui ont soutendu l’exigence de cette démission. Mais dès lors que le concerné n’avait plus la confiance de sa famille politique, il était même dans son intérêt de déposer sa démission plus tôt. Tout observateur averti des scènes politiques devrait comprendre cette logique implacable. Que sa famille politique ait raison ou tort, l’acteur politique doit savoir assumer la responsabilité de ses actes et déclarations politiques et en tirer les conclusions qui s’imposent. Dans le cas de Monsieur Kamerhe et quelle que soit l’ampleur du soutien populaire dont il aurait bénéficié, il aurait dû être judicieusement conseillé de ne pas faire durer trop longtemps le suspense de sa démission. Car cette attente a laissé, dans l’opinion, l’impression qu’une partie de bras de fer se livrait entre lui et sa propre famille politique. Etait-ce dans son intérêt ? Au vu du lynchage politico-médiatique dont il a été l’objet tout au long de cette période difficile, tout porte à croire que ça n’était ni dans son intérêt, ni dans celui de son parti, encore moins dans celui du peuple.
Par ailleurs, on peut néanmoins comprendre son attitude par le fait que, ayant compris in fine que sa démission était inéluctable, il tentait d’obtenir un départ dans les conditions qui soient réglementairement acceptables. Après tout, compte tenu de son apport dans sa famille politique et de son rang au niveau de l’Etat, ne méritait-il pas mieux qu’un départ à la sauvette, somme toute humiliant, comme d’aucuns le souhaitaient à l’AMP ?
Dans tous les cas, cette affaire aura permis de comprendre que l’exercice de la démocratie reste encore très délicat en RD Congo, que les responsables politiques ont encore, en toute évidence, un chemin d’apprentissage à faire en matière de discipline de parti, que les partis politiques congolais gagneraient davantage en acceptant en leur sein la liberté d’expression ou d’opinion contraire à celle du chef ou d’un groupe de chefs...
Rappelons-le, un chef, quel que soit son degré de lucidité ou d’intelligence, n’a pas forcément toujours raison.
Malheureusement ou heureusement d’ailleurs.| Blaise Tshidimba Kabamba