Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Espace d'échange de la diaspora congolaise.

Publicité

Forum pour la paix: VENI, VIDI, VICI (Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu.)

Alors que je venais d'aterrir ce samedi matin même à Paris, me voici trainé au FORUM POUR LA PAIX par un ami, révolté, qui avait à en découdre avec le clan Sassou. A 16h heure, me voici au palais des congrès. Une salle pleine à craquer de congolais tirés à quatre épingles et de congolaises cintrées pour les grandes occasions. Jusque dans les couloirs, il y'avait du monde.

Dans l'auditoire, Kristel Denis Sassou Nguesso, reconnaissable à la coiffure hibou et à la peau éclaircie à l'image de son père. Autour de lui, le présidium, composé d'un certain nombre de jeunes élus du pouvoir.

En face d'eux, la salle et au premier rang, les ministres Henri Ossebi et Thierry Moungalla, puis Claude Ernest Ndalla dit Graille, l'ambassadeur du Congo en France Henri Lopès (12 ans de poste!) qui s'est éclipsé après un court discours, et d'autres encore.

Prenant la parole tour à tour, les personnalités ont invité en gros à valoriser la paix , à la préserver, à ne pas rompre cette très pacifique période dont notre pays est gratifié depuis 1997, malgré un accroc provoqué par les autres en 1999, et vite corrigé par la paix signée avec Ntoumi.

Mais ce qui était intéressant, avant même les questions de l'assistance, c'était qu' il était impossible pour les différents intervenants, de prononcer le nom de Sassou Nguesso sans un chahut hostile détonant à n'en plus finir . Celui qui l'a payé le plus cher c'est le jeune Bienvenu Okiémy, qui après un bel exposé sur le règlement juridique des conflits, bien applaudi, a voulu conclure en jurant que la paix ne pouvait être maintenue que par le réélection de Sassou Nguesso. Ce fut un tollé comme je n'en ai plus entendu depuis la conférence nationale. Je crois qu'à partir de ce moment, même les organisateurs avait compris que leur pari était perdu!

Ce fut ensuite autour de Thierry Moungalla d'alterner entre applaudissements et hués nourris dès qu'il osait affirmer – avec beaucoup de timidité désormais – que Sassou travaillerait bien.. Mais prétendre qu'il doivent être élu, plus personne n'a osé jusqu'à la fin. Les discours ne s'appuyant plus que sur le fait qu'il faille éviter les conflits armées durant la prochaine élection et après. Des films ont été diffusés montrant les réalisations de ce pouvoir, et disent-ils, « tout ce qu'on peut obtenir grâce à la paix ». Gros documents de propagande qui promettent eau, électricité et gaz pour tous d'ici à très très bientôt. Devant un public railleur, qui lançait des cris, des dénigrements à tout va. Ce n'était pas sans rappelé les cinémas populaires de Brazza... quand il y'en avait encore! En tout cas c'était osé de prétendre faire du fantastique devant une assistance qui vit au pays des autoroutes, des trains réguliers, des toilettes publiques propres, et qui use de l'eau courante et de l'électricité aussi naturellement que respirer, en leur présentant quelques routes ressemblant à des pistes de campagne qui aboutissent dans des champs.

Après les interventions, place aux questions. Les organisateurs se sont grattés la calvitie pour trouver un moyen de sélectionner les poseurs de questions, pour éviter les plus gênants. Grâce à une réaction vive de la salle, un système plus démocratique a été adopté, en prenant 5 questions pour chacune des 3 rangées. Non sans avoir pris la précaution de placer un gorille à côté du micro qui avait le droit de le ravir si la question « dérapait ». Force dont il a usé trois fois . D'abord parce que l'intervenant avait commencé sa question en disant « je vois à la télé, des sapeurs... », et clac, micro retiré pour futilité.

Puis un autre qui après avoir dit qu'il n'y a pas de paix au Congo mais un régime qui s'impose par le musellement des voix et des actions, a voulu poser une question à Ndalla Graille relative aux épisodes des bombes dans des cinémas et à l'aéroport de Brazzaville au début des années 80. Clac! La censure était là. Mais parlant avec l'intervenant plus tard, j'ai appris qu'il voulait savoir quand est ce que ce Ndalla condamné à mort pour terrorisme, libéré sans jamais été ni blanchi ni gracié, que l'on retrouve dans la guerre illégitime contre le peuple en 1997, est-il devenu homme de paix? Une troisième fois la bouche a été muselée quand un intervenant a voulu demander quelque chose à Henri Ossebi au sujet de son élection à Abala, émaillée d'incidents violents. Mais il avait eu le temps avant de rappeler que les initiatives de paix prises à 3 mois de l'élection de 1997 et signé par l'opposition de l'époque, pouvoir d'aujourd'hui, avait été violé par les mêmes. Alors le crédit de leur démarche actuelle ne peut susciter que des réticences.

Franchement, dans l'ensemble, le niveau des questions était bas, à quelques exceptions près. Ainsi, un monsieur n'a pas hésité à dire aux intervenants que ce sont eux qui veulent la guerre par leur attitudes. Notamment, l'interruption brutale à Pointe-Noire au congrès du RDPS à Pointe-Noire par des militaires, au moment même ou se tenait le forum de Paris, parce que la section proche du pouvoir semblait perdre la face. Pas moins de 3 intervenants ont voulu savoir qui finançait ce forum.

Plusieurs intervenants ont répété qu'il ne peut y avoir de paix dans la misère. Si certains proches du pouvoir ont manifesté le voeu de voir ce forum se répéter au pays, et d'autres ont souhaité que des résolutions soient adoptées, il n'y en a eu aucun, mais alors là aucun, pour jeter des fleurs au régime, tant l'auditoire était hostile à tout manifestation en ce sens..

Dans la partie des réponses, rien de bien croustillant. Thierry Moungalla a rappelé que la paix est une réalité au Congo, c'est un acquis, sous-entendu « de Sassou Nguesso ». Mais sans le dire il a quand même été hué; l'auditoire estimant que c'est Sassou qui a créé la guerre, on n'a pas à le remercier pour ne plus tuer sur le peuple. Mais Moungalla a insisté sur le fait que même Sarkozy l'a salué devant le parlement.

Et avec un culot extraordinaire il a affirmé qu'il n'y a pas de crise politique au Congo mais bien une démocratie réelle qui va passer d'une élection à l'autre sans putsch ou quoi que ce soit au milieu. Un intervenant à crié « c'est les vainqueurs de la guerre qui se maintiennent! » . Poursuivant dans son élan, il a conjecturé que l'opposition ne réclamerait pas une commission électorale indépendante, car pour lui l'indépendance est question de confiance, donc très relative d'une personne à l'autre. Mais que plutôt l'opposition voudrait un « comité paritaire » qui associe des représentants du pouvoir et de l'opposition comme ce qu'était en 1993 la CONELA et que pour lui, ce fut là la cause de la guerre. Ce fut son dernier mot et comme sachant qu'il venait de lâcher une énormité il s'est retiré de la tribune presque en courant. Je vous laisse deviner la réaction de la salle.

Je n'ai pas posé de question parce que le niveau de médiocrité et d'hypocrisie des organisateurs était mesurable sur l'échelle de Richter. Mais étant certain qu'il viendront lire ce qu'en a pensé l'opposition, c'est ici que je vais répondre.

Quel est l'état naturel d'une société? La paix ou la guerre? La société est-elle, à la base, un monde de paix rompu par la guerre de temps en temps, ou inévitablement la guerre est-elle naturelle aux sociétés humaines et donc la paix ne serait qu'un effort exceptionnel et particulier?

Thomas Hobbes penche pour prétendre que l'homme est naturellement avide de bien et de pouvoir sur les autres dès qu'il peut. Il est donc un être de guerre. Quand il entre dans une société, ses pulsions guerrières continuent: donc la guerre est la nature propre de la société. Si non, explique t-il, pourquoi fermons nous nos maisons à clé quand nous voyageons si on a confiance en nos concitoyens? pourquoi avons nous nécessairement besoin d'un pouvoir et d'une force de maintien de la paix à l'intérieur de la société (la police) si la paix était un acquis inhérent à la société? La paix dit-il est un compromis forcé en tout temps entre les hommes, par le prince (ou l'Etat).

Mais je ne suis pas d'accord avec lui, et me range volontiers du côté de John Locke qui est certain que la paix est la seule raison pour laquelle l'homme choisit de vivre en société, car les autres le protègent. S'il est hors de la société et vit seul, il serait à la merci du plus fort qui croisera sa route. Il n'est pas en guerre non plus en vivant seul (hors société), mais il n'a pas de justice autre que le soutien de sa famille – la famille étant naturelle à l'homme puisque notre espèce ne nait pas indépendante. Mais en se mettant ensemble avec d'autres familles, pour créer une société, ils peuvent émettre des règles pour que règne la justice. Donc, conclut ce brillant juriste anglais du XVIIème siècle, la paix n'est que le fruit de la justice. La société existe pour produire cette justice. Quant à la guerre, c'est l'aveu de l'inexistence d'une justice efficace.

Ainsi, on n'a pas besoin de consolider la paix, ni d'en faire des incantations à coup de millions. Encore moins de pardonner à des anciens, actuels ou futurs criminels pour avoir la paix. Il ne s'agit là que de cessez-le-feu entre guerriers,e non une paix qui engage et protège la société entière.

LA PAIX EST LE FRUIT DE LA JUSTICE. Le pouvoir légitime découle de la justice, mais n'institue pas sa justice ou ne choisi de l'appliquer ou pas . A moins que comme Jules Cesar imposait la px romana aux vaincus, les nguesso ne nous infligent une pax alima.

Les ingrédients de l'injustice qui produisent les violences et les ruptures de la paix sont là: l'existence des exilés, c'est à dire ceux à qui on refuse arbitrairement de jouir du bien commun qui est le notre, le fait que certains ont choisi d'occuper des postes à vie empêchant d'autres d'y accéder ou de les juger, le titre de propriété que la famille princière du Congo a mis sur les finances publiques, les brimades du peuple qui ne peut accéder au même bonheur que les autres habitants de la planète et à qui ont refuse littéralement les moyens de vivre, voilà l'injustice, voilà les origines de l'absence de paix.

Si Sassou Nguesso organisait des élections auxquelles il n'est pas candidat, et se comporte en homme de justice en garantissant la victoire de celui que le peuple aura choisi, il n'y a aucun risque de guerre. Surtout si les garanties sont prises pour que celui-ci exerce son mandat soumis à la justice et à l'incapacité de confisquer et la justice et le mandat, la paix intérieure serait gagnée.

Sassou Nguesso par le fait que son régime est issu d'une injustice jamais réparée, est le premier ingrédient de la guerre au Congo. Parce qu'il cultive l'injustice à son profit comme d'une constitution, il cultive la culture de l'absence de paix. Parce qu'il s'offre ce que le peuple qui le paie n'a pas, il fabrique la guerre.

Que n'ai-je pas ri en entendant Henri Ossebi affirmer que si la misère était un fondement de la guerre, toutes la moitié de la planète courrait un risque de guerre. Là est justement la cause des coups d'Etat. Il n'y a pas, constatait déjà Aristote 400 ans avant notre ère, de sociétés riches de la tête au pied qui conteste son Etat.

Le problème qui aggrave notre cas est que notre misère est injuste et le peuple le sait. Il y'a au Congo à boire et à manger pour tout le monde, mais certains s'accaparent des fortunes pour mille autres. Pire, s'ils se l'accaparaient par les affaires privées, en profitant du système qui leur serait favorable ce serait déjà des germes de la guerre. C'est en effet la situation de Cuba du temps de Batista, et de l'ensemble de l'Amérique du sud, embrasée par les mouvements communistes, des années 50 à 80. Mais au Congo c'est en puisant directement dans les caisses publiques, donc communes, que s'instaure cette féodalité qui ne peut qu'aboutir à la révolution violente.

En tout cas, l'opération a été un succès en terme de participation, mais un échec pour le compte du pouvoir qui a finalement payé pour se voir conspué. Je ne peux que féliciter le jeune Kristel Denis SASSOU NGUESSO qui a eu le courage de venir affronter les déchainés de Paris. Il a été servi et a pu garder, en tout cas jusqu'à ce que je me retire (20h30), un calme olympien.

Alvare 1er

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article