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Espace d'échange de la diaspora congolaise.

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Histoire d’un dictateur au paradis des Grecs


Source : Zenga-Mambu




Je vais transmettre à la postérité avec ma plume littéraire ce qui se passera au ciel quand notre dictateur daignera bien trépasser en cette journée future, point de départ d’une ère d’immense félicité.

Ni la rancune, ni la reconnaissance ne dicterons mes paroles. Si l’on me demande d’où je tiens ces événements si véridiques, je commencerais par ne pas répondre si je n’en ai pas l’envie. Qui pourrait m’y obliger? Ne sais je pas que je suis un homme libre depuis le jour où trépassa celui qui justifia si bien le proverbe : «On naît roi ou imbécile ou encore roi et imbécile».

S’il est cependant nécessaire que je fournisse un répondant, je dirais : « adresser vous à l’illustre cardinal Emile Biayenda, qui vit notre dictateur forcer l’entrée du paradis des Grecs. »
Il vous dira qu’il a vu notre dictateur forcer l’entrée du monde des bienheureux d’un pas inégal.
Je relate ici, les faits que je tiens de lui comme certains et indubitables :
Puisse-t-il vivre en santé et en joie. Toutefois, quant à l’heure à laquelle il me l’a dit, les philosophes seraient plut tôt d’accord entre eux que les horloges.
Déjà, le soleil sur son char avait passé le milieu de son orbite et plus proche de la nuit secouait ses rênes fatiguées, abaissant sa lumière suivant un oblique sillon.

Le dictateur s’était mis à rendre l’âme et ne pouvait plus trouver d’issue. Alors l’ange de la mort qui avait toujours eu du goût pour son esprit, tira à part le mal qui rongeait notre dictateur et lui dit : «Comment peux-tu ainsi martyriser ce malheureux? Le supplice qu’il endure continuera t’il sans répit? Voilà plusieurs années qu’il se débat contre son âme ! Pour quelle raison lui en veux-tu, à lui et à ce qu’il incarne? Souffre que les prédictions disent enfin la vérité, depuis qu’il est devenu président, fait le nécessaire, «mets le à mort» et permets qu’un plus digne règne dans son palais libéré.»

Mais le mal répondit : «j’aurais voulu allonger un peu sa vie, le temps qu’il octroie la liberté et la démocratie à son peuple car il s’était promis de voir citoyens tous les fils de son pays le Congo. Mais comme tu insistes pour que je m’aggrave et qu’il meure, ainsi soit il.»

L’ange de la mort tira alors trois aiguilles, deux concernaient des personnalités distinguées du régime du dictateur dont je tairais les noms ici qui devaient accompagner celui-ci dans la mort, car il ne faut pas qu’un personnage qui voyait naguère plusieurs personnes suivre ses pas, se retrouve tout à coup dans la mort tout seul.

Soudain, l’ange de la mort décida de rompre le cours d’une vie dictatoriale imbécile. Raconter ce qui se passa après cela au Congo serait perdre sa peine car vous le savez parfaitement, et il n’y a pas de danger que les souvenirs disparaissent d’événements que la joie publique a gravés dans toutes les mémoires : personne n’oublie son bonheur.
Apprenez ce qui se passa dans le ciel à l’arrivée du dictateur : j’en laisse la responsabilité à mon informateur, l’illustre cardinal Emile Biayenda.

On annonça à Jupiter qu’il vient d’arriver un personnage qui à un air menaçant car il remue la tête sans arrêt comme s’il a souffert d’épilepsie. On lui a demandé de quel pays il était, il a répondu je ne sais quoi avec des sons confus, et d’une voix indistincte. On ne comprend pas la langue qu’il parle.

Alors Jupiter s’avisa qu’Hercule avait parcouru la terre entière et devait connaître tous les peuples du monde, lui donna l’ordre d’aller examiner à quelle race d’homme devait appartenir cet intrus de dictateur. Au premier coup d’œil, Hercule se sentit tout décontenancé : il crut qu’il n’avait pas encore affronté tous les monstres. Quand il vit cette face singulière, cette façon bizarre de marcher, cette voix qui n’était celle d’aucune créature terrestre, mais dont les sons rauques et brouillés rappelaient celles des bêtes marines, il crût qu’un treizième travail lui était échu.



En regardant de plus près, il s’aperçu que c’était une sorte d’homme, il s’approcha du dictateur et lui dit : « Qui es tu ? D’où viens-tu ? Quel est ton pays ? »
Le dictateur se réjouit qu’au ciel il existe des lettrés : il espère trouver un moyen d’y faire sa propagande, ainsi pour signifier que lui aussi était lettré, il répliqua en vers: « c’est du Congo que le vent m’a conduit ici ». Le vers suivant aurait été surement plus exact : « c’est du Congo que j’ai meurtri et endeuillé que le vent m’a conduit ici ».

Le dictateur voyant Hercule ce robuste héros, compris que si nul n’était son égal à Brazzaville, il n’avait plus ici le même prestige, le coq n’étant maître que sur son fumier. Aussi, autant que je me souvienne il s’exprima ainsi :
«Hercule, le plus brave des dieux, j’espérais que tu me soutiendrais auprès des autres. Tu ne peux savoir quels tourments j’ai enduré à supporter des appels à la démocratie, à la liberté, quelque courageux que tu croies être, tu aurais préféré nettoyer les écuries d’Augias que d’endurer cet enfer qu’ils appellent démocratie. Aide-moi à devenir ici un dieu comme je le fus au Congo».

Quel sorte de dieu veux tu qu’on fasse de toi, lui répliqua Jupiter. On ne saura faire de toi un dieu épicurien qui n’éprouve lui-même aucun ennui et qui n’en cause à personne. Un dieu stoïcien ? Sûrement pas, sauf le fait que tu n’as ni tête ni cœur.

Je ne comprends rien, bafouilla le dictateur. «Imbécile il fallait aller à l’école, dans les régions du Congo, c’est possible à moitié, à Brazzaville entièrement, comment peux tu l’ignorer? » s’emporta Hermès le trois fois grand en intelligence. Hermès s’adressa au reste des dieux :
«Quoi donc ! Il veut devenir dieux ici comme si cela ne suffisait pas qu’il soit adoré à son village, parce qu’à Brazzaville les souris n’ont que des meules à lécher et cet individu veut devenir l’un des nôtres? Il n’a pas pu régler le moindre souci terrestre de ses compatriotes, et le voilà qui veut scruter l’étendue des cieux. Ce misérable qui vous paraît incapable de faire du mal à une mouche, tuait les hommes avec la même facilité qu’un chien remue de la queue.»

C’est ainsi que le dictateur dû descendre aux enfers pour affronter son propre être qui se nourrissait des horreurs et des abominations ayant cours en cet endroit.

             par Brice NZAMBA                 

 

                                       
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