Espace d'échange de la diaspora congolaise.
S'étant elle-même piégée avec un amateurisme qui donne une piètre idée de ses capacités à gérer les affaires publiques, l'opposition radicale tente maintenant de sauver du désastre ce qui peut encore l'être. Tandis que ses fractions les plus extrêmes tentent de faire croire que les libertés fondamentales sont menacées dans notre pays, ses éléments plus modérés, ou plus calculateurs, cherchent à renouer le dialogue avec le pouvoir. Sans grandes chances de l'obtenir comme l'ont montré en fin de semaine dernière les propos tenus par le Premier ministre.
Dans un pareil contexte que peuvent encore espérer les formations politiques qui ont commis la lourde erreur de ne pas saisir la main tendue par le gouvernement et sa majorité lors de la concertation citoyenne ? À vrai dire peu de choses, surtout si, comme cela semble probable, leurs leaders se laissent submerger par les tenants de la ligne dure qui leur ont déjà fait commettre tant d'erreurs.
Supposons, cependant, que ces mêmes leaders, ayant compris la leçon qui leur était donnée, se décident enfin à jouer le jeu de la démocratie et acceptent enfin les règles posées par les lois fondamentales de la République ; après tout, en politique, aucune situation n'est jamais définitivement acquise et, par conséquent, le pire n'est pas toujours sûr. Supposons donc que, comme Paul sur le chemin de Damas, les opposants ouvrent soudain les yeux et se préoccupent de réparer leurs fautes passées. Que devraient-ils faire ? La voie d'une deuxième concertation citoyenne étant fermée, il ne leur reste qu'une solution : faire très précisément ce qu'ils ont refusé de faire jusqu'à présent, c'est-à-dire inciter leurs partisans à vérifier qu'ils sont bien inscrits sur les listes électorales comme le leur demande avec insistance le gouvernement depuis des mois, mobiliser ensuite ces troupes sur le terrain afin de mener campagne le moment venu, présenter un ou des candidats crédibles face à celui que la majorité présidentielle et ses alliés désigneront, briser en somme le carcan du refus qui les paralyse et s'engager résolument dans la bataille politique à venir.
Sans doute auraient-ils des chances très faibles de l'emporter étant donné la machine à broyer les voix de l'opposition mise en place par Sassou, mais du moins parviendront-ils à empêcher Sassou de frauder. Car en prenant part au vote et en recueillant un nombre plus ou moins grand de suffrages, ils se donneraient la légitimité qu'ils n'ont pas aujourd'hui. Ils prouveraient, en effet, au peuple congolais qu'ils n'ont pas peur de se présenter devant lui et que finalement ils sont eux aussi des démocrates.
L'amateurisme ayant montré ses limites, l'heure du professionnalisme a sonné.
Les Dépêches de Brazzaville