Espace d'échange de la diaspora congolaise.
En un mois, le paysage politique congolais aura été transformé. Depuis le mois d'avril 2009, une crise de confiance gangrène les partis politiques de l'opposition congolaise, bouleversant toutes les donnes, reléguant aux oubliettes bons offices, négociation et mesures de construction de la confiance, disqualifiant les plates formes et les percées laborieusement acquises en direction de l'unité. Force est de constater que le Front des partis de l'opposition congolaise (FPOC) reflète aujourd'hui le destin d'un rêve brisé.
Le meeting du 16 mai 2009 à l'espace charanton illustre bien que le processus de la cohésion a volé en éclat, entraînant avec lui ses artisans devenus pour la circonstance artificiers, en particulier ceux qui pensent que : « si les conditions ne sont pas réunies, il n'y aura d'élections ni pour l'opposition ni pour SASSOU ». Cependant, ceux qui pensent que : « la politique de la chaise vide n'est pas bonne en politique» ont la ferme conviction que : l'heure de vérité est arrivée ! Ils tentent de résister tant bien que mal aux aléas de la stratégie des partisans du « sursaut » et « du génie des forces vives de la nation» qui prônent le boycott et le report de l'élection présidentiel.
Comment a-t-on pu en arriver là ?
Deux éléments se seront conjugués, conjurés presque, pour aboutir petit à petit à l'implosion du FPOC.
D'abord, au plan du déroulement de la négociation pour la concertation citoyenne : la participation à la concertation citoyenne subordonnée par la présence de madame Aimé Mambou Gnali « dame de cœur » au présidium n'a jamais fait l'unanimité au sein du FPOC. Sur la question de l'ordre du jour, sur la composition des participants, tout s'est passé comme si la négociation tardive qui les concernait pouvait autoriser un surcroît de contrôle de la concertation et mettre le régime de SASSOU NGUESSO « out », comme ce fut lors de la conférence nationale souveraine. Malheureusement pour l'opposition, SASSOU fut le maître incontesté d'un calendrier qu'il manipula au gré des ses intérêts, refusant le poste de vice présidente à madame Aimé Mambou Gnali, promettant monts et merveilles à ceux de l'opposition qui participeraient à la concertation. Cette attitude aura jeté la suspicion, et l'opprobre aux dirigeants de l'opposition interne.
Un autre facteur qui aura contribué à perdre la cohésion du Front des partis de l'opposition congolaise fut l'inconstance des propos tenus çà et là par les leaders de l'opposition après la promulgation par le pouvoir du décret appelant le corps électoral pour le 12 juillet 2009, à cela il conviendrait d'ajouter l'absence de certains leaders de l'opposition aux manifestations organisées par l'opposition interne. Suite erratique et contradictoire.
En subissant le calendrier du pouvoir, l'opposition n'aura pas su donner une image crédible d'elle-même. Les représentants de l'opposition ne sont pas parvenus à faire du Front une vraie force pour faire vaciller le régime de SASSOU NGUESSO.
En un mois, la métamorphose est donc totale.
Toutefois, au delà des explications, de la recherche des causes et des responsabilités, de la description des engrenages et de la faillite de la cohésion de l'opposition, il faut aller à l'essentiel. Et l'essentiel réside aujourd'hui, dans la lecture à faire pour susciter la prise de conscience des populations congolaises pour mettre fin à la dictature. Que l'on ne s'y trompe pas : les congolais dans leur majorité aspirent au changement, ils cherchent un leader courageux bref une « locomotive ». Rappelons que le courage, en politique, tient dans le discernement et dans la volonté. La peur ne conduit qu'à l'aveuglement. Il faut espérer pour les leaders de l'opposition la force de voir et le courage de décider.
Que doit donc faire l'opposition « demain »
Le défi qui s'impose à l'opposition congolaise est donc d'accorder dans ses analyses à l'exigence de l'unité.
La tragédie du Congo doit réunir … consolider l'unité des forces qui aspirent aux changements. Il s'agit, en réalité, de refaire ou, mieux encore, de faire pour la première fois une alliance politique des partis de l'opposition, où nul, même le plus puissant des partis politiques ne soit en mesure d'agir seul, sans consultation ni concession. Il est urgent de faire entrer les leaders de l'opposition dans cette perspective, car avec le pouvoir actuel, l'avenir du Congo est obscur.
Cependant, pour apporter le changement, les différents responsables des partis politiques doivent, de leur côté changer, c'est-à-dire privilégier l'intérêt général au détriment de l'ambition personnelle.
S'agissant de la tâche commune à laquelle l'opposition est appelée, la vérité oblige à dire que dans l'état actuel de la situation, on ne peut imaginer raisonnablement en finir avec la dictature de Denis SASSOU NGUESSO par les urnes.
Aujourd'hui, au delà de l'unité de l'opposition ce qu'il faut désormais rechercher, c'est la mobilisation des masses populaires qui s'avérerait cruciale pour contraindre le pouvoir à faire les avancées attendues par la majorité des congolais pour revenir à l'ordre démocratique.
Signalons qu'il ne saurait y avoir de changement politique sans une prise de conscience collective des filles et fils du Congo. Dans ce cas, comme dans plusieurs autres, l'opposition a besoin de toutes les forces vives de la nation. Il faut espérer que l'unité et la mobilisation des masses populaires parviennent à constituer le fer de lance d'une dynamique qui arrivera à mettre fin à la dictature au Congo-Brazzaville.
En définitive, « demain doit être le commencement d'un grand réveil. Réveil politique, assurément, jusqu'au rétablissement de la démocratie au Congo- Brazzaville ».
Clothilde VOUANZOU-MISSAMU
Source : Le Moustique