Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Espace d'échange de la diaspora congolaise.

Publicité

Jean Merckaert « Un pays comme le Congo Brazzaville a 70% de sa population qui vit avec moins de 500 francs Cfa par jour »

Pour l'alter mondialiste français Jean Merckaert, les financements extérieurs pour le développement sont une source de tarissement des économies africaines, contrairement aux financements autonomes.

Qu'est qui motive vos actions?


Nous avons commencé à travailler pour le développement sur deux sujets il y a quelques années. Nous voulions d'abord obtenir l'annulation de la dette. On s'est rendu compte que les financements extérieurs étaient une source de tarissement des économies des pays du Sud. Avec des aides qui servent le plus souvent aux bailleurs de fonds sous la tutelle du Fmi/Banque Mondiale. C'est la raison pour laquelle depuis quelques années, on s'oriente beaucoup plus vers le financement autonome du développement, en s'attaquant aux flux sortants plutôt que ceux entrants, aux questions de détournement de fonds, mais aussi et surtout aux questions de fraude fiscale qui représente des volumes très colossales. Nous estimons que sur 15 Euros versés pour le développement dans certains pays d'Afrique, 5 à 10 de cet argent disparaissent dans les poches des gens par le vol et la corruption. Le Camerounais se voit pratiquement confisquer sa souveraineté, sa liberté et même sa politique.

La dette est le cœur de l'injustice entre le Nord et le Sud. On a des prêteurs ; un certain nombre de banques qui prêtent aux gouvernements qui s'avèrent finalement soit insolvables, soit corrompus. Ces prêts servent aussi à promouvoir les exportations de la France, des Etats-Unis, bref, des grandes puissances économiques qui prêtent. A leur actif aujourd'hui, ils savent que ce soit les populations des pays endettés qui payent la facture. Pour nous, société civile française, il y a là un véritable scandale, une double peine. Les populations des pays endettés ont dû payer la corruption et la répression des gouvernements, et maintenant, ils doivent payer la dette. Pour nous, il est temps que les créanciers assument leur responsabilité en annulant toutes les dettes.

Qu'en est-il du problème des présidents indexés par la justice française ?

Le 5 mai 2009, la juge parisienne Françoise Desset a décidé de la recevabilité d'une plainte de l'Ong Transparency International, à l'encontre de trois chefs d'Etat d'Afrique centrale pour les détournements des fonds publics. Le parquet qui est sous la tutelle directe du gouvernement veut empêcher l'ouverture de l'enquête. Une attitude révélatrice à plusieurs égards ; d'abord on estime que cette crise est une crise de l'argent, de l'argent flou, de l'argent du profit qu'on recherche à n'importe quel prix (capitalisme), et qui fait qu'on sacrifie les ressources de la planète, les règles les plus élémentaires de la morale, des droits de l'Homme, c'est là les motifs de la crise. Révélatrice aussi pour ce qui est des biens mal acquis. Un pays comme le Congo Brazzaville a 70% de sa population qui vit avec moins de 500 francs Cfa par jour. Pendant ce temps, l'argent de la dette sert à financer les armes qui vont massacrer une partie de cette population. Et bien, le financier ferme les yeux, le gouvernement aussi et c'est là pour nous le vrai problème.

Qui est-ce que le gouvernement français protège?

Au Congo Brazzaville, la majorité des entreprises sont françaises, que ce soit dans le transport, le bois avec Bolloré, Total et la grande distribution. Ce sont des entreprises qui ont l'oreille attentive de l'Elysée. Nicolas Sarkozy s'est vu offrir des vacances dans un yacht par Vincent Bolloré qui est comme on le sait quelqu'un qui est solidement implanté économiquement en Afrique. La France ne peut pas continuer de briser sa relation avec l'Afrique à cause des affaires. On observe une montée en puissance dans certains pays d'Afrique centrale un sentiment anti-français. On les comprend tout à fait, parce que l'histoire entre la France et l'Afrique est douloureuse et sentimentale. Maintenant, il faut que cette relation et cette solidarité puissent continuer.

On évoque très souvent une forme de complicité entre Transparency International et le gouvernement camerounais. Qu'en dites vous?

J'ai dirigé les rapports sur les biens mal acquis; cela a abouti au dépôt d'une plainte en 2007. Nous avons recensé des informations qui étaient disponibles sur un certain nombre de chefs d'Etat. En tête de classement, ce ne sont pas les Africains. Ce sont les Indonésiens, les Irakiens, (avec Saddam Hussein notamment)… Sur ces cas-là, il y avait déjà des processus de restitution des biens qui étaient en cours. On a réussi à rassembler davantage d'informations sur le Cameroun, nous avons eu vent d'un certain nombre de rumeurs. Nous n'avions pas d'éléments suffisamment solides à l'époque pour écrire quelque chose à ce sujet. Maintenant, les choses se précisent de plus en plus. Manifestement, nous savons que la corruption est un problème au Cameroun, et que des procédures doivent être intentées à l'égard des dirigeants camerounais ou de leurs complices en France sur la question. Nous veillerons pour que les choses se passent bien.

Quel message adresseriez-vous aux dirigeants africains accusés de détournements?

Nous avons notre travail à faire en France pour qu'il n'y ait plus de complaisance avec le pillage en Afrique. Maintenant, je vais aussi adresser un message aux dirigeants africains, Mgr Tumi l'a dit en janvier dernier dans un message: "Rendez les fonds que vous avez détournés, car il est encore temps! Vous y sauverez votre honneur, vous pouvez le faire avant que la justice vous rattrape

Les fortunes qui sont faites sur le dos des populations africaines sont des fortunes mal acquises (fraude fiscale, manne pétrolière, commissions perçues). Ce sont ces fortunes là que nous souhaitons voir restituer aux populations.

http://www.zenga-mambu.com/fiche.php?id=1051

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article