Espace d'échange de la diaspora congolaise.
L’élection présidentielle n’est pas jouée d’avance, le peuple n’a pas encore dit son dernier mot. Sassou perdra l’élection si en face de lui se trouve un candidat crédible, entraînant, et faisant naître l’espoir d’un Congo nouveau. C’est ce que j’appelle la jurisprudence Yayi Boni quand les Béninois l’ont élu Président de la République à la surprise générale. Donc pour moi, tout reste ouvert.
En vertu de l’article 49 de la loi électorale n°9-2001 du 10 décembre 2001 (« le dépôt de candidature se fait un mois, au moins, avant le scrutin »), le 12 juin était la date limite du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle du 12 juillet 2009. Les candidats sont maintenant connus. Les choses sérieuses peuvent maintenant commencer pour l’avenir du Congo. Une affaire très sérieuse qui ne peut se contenter de l’à peu près, d’une démarche dilettante voire tortueuse, sinon incohérente.
Le Congo a perdu trop de temps, a vécu trop de désillusions douloureuses à force de suivre aveuglement celui ou ceux qui ont parlé plus haut, plus fort sans trop se préoccuper du fond. Ce pays a souvent suivi le sens où le vent soufflait très fort. Mais le vent reste du vent. Une fois le souffle tombé, il disparaît comme il était arrivé, avec au passage, une dévastation inoubliable. Notre pays n’a donc pas besoin d’une nouvelle aventure hasardeuse, sous prétexte qu’il faut changer Sassou, au risque, bien réel, de se retrouver avec quelqu’un faisant du Sassou sans Sassou (l’histoire nous parle). Ce pays a besoin d’être transformer en profondeur pour vivre la nation congolaise, vivre la solidarité, vivre la fraternité, vivre la cohésion afin de permettre au peuple d’accéder enfin au bien être, au bonheur d’être sur terre. Le rêve légitime de tout être étant de vivre heureux, n’allons donc pas vers une méga déception annoncée si notre choix n’est ni éclairé, ni réfléchi.
Notre pays a besoin d’une personne crédible, capable de susciter un espoir réel, d’entraîner une adhésion populaire non factice (adhésion par l’argent, par cooptation ethnique et régionale), de réveiller, de secouer et d’enthousiasmer le peuple congolais qui n’y croit plus. C’est ce qu’il faut pour que le changement soit un vrai changement et non une mascarade de changement. On se trompe lourdement de croire que parce que le peuple veut le changement au plus profond de lui-même, qu’il est prêt à voter n’importe qui parce qu’il viendrait avec des poches bien pleines, parce qu’il serait issu d’une région ou d’une coalition ethno-régionale assez peuplé. D’abord, on ne dirige pas un pays avec son propre argent, ensuite on ne peut prétendre améliorer le sort de tout le peuple en choisissant d’abord ses « parents », ou comme disent certains « les nôtres ». La vraie crédibilité politique ne se fonde ni sur la puissance du porte-monnaie, ni sur votre appartenance à un groupe ethno-régional supposé majoritaire, mais bien sur votre projet politique, sur votre idéal de société. Lumumba, Khrumah, Sankara, Luther King, Mandela en sont les exemples. Obama est sur leurs traces, ni le plus riche des américains, ni issu d’une ethnie majoritaire, mais a un idéal de société qui transcende les clivages, il dialogue avec tout le monde. Le dialogue pour faire avancer petit à petit son pays, car tout ce qui est rapide et violent est souvent passager et éphémère alors que ce qui se construit dans le dialogue et la patience est durable et résistant.
Le peuple congolais est fatigué, son divorce avec la classe politique est patent. Mais, il reste capable en toute lucidité de faire le choix de la rupture ou, malgré lui, celui de la continuité en refusant d’aller voter. Ce sont les candidats en présence qui déclencheront chez le peuple le choix de la rupture, ou celui de la continuité. Le peuple de gauche en France qui voulait le changement en 2002 avait voté Chirac face à l’alternative Le Pen. Chez nous, quand il ne veut pas, le peuple ne va tout simplement pas voter laissant ainsi le champ libre à la continuité. Un peuple en souffrance ne veut jamais le changement pour le changement, mais le changement pour mieux vivre, pour bien vivre. Seul un homme foncièrement bon, moralement admis, non comptable du bilan de Sassou (on n’est pas crédible si on n’assume pas sa part de responsabilité alors qu’on a été aux affaires pendant longtemps avec Sassou), charismatique, et crédible peut encore faire rêver les Congolais.
Le problème est que la crédibilité ne se décrète pas, on la construit par sa personnalité, par les propos que l’on tient, par les actes que l’on pose, et par la cohérence de sa démarche politique. C’est pourquoi je ne comprends pas qu’on ait fait des déclarations aussi péremptoires, aussi accusatrices contre le RFD, tenu un discours aussi fracassant (« dans les conditions actuelles il n’y aura d’élection pour personne, même pour Sassou »), réuni la diaspora à Paris pour tenir exactement le même discours que nous tenions ensemble en 2007 (élections législatives), continué à réclamer la tenue d’une « véritable concertation » (celle avec l’autre composante de l’opposition dont le RFD n’était donc pas véritable, les participants « étaient tous nuls », n’est-ce pas !), et au bout du compte faire le contraire de ce qu’on a dit. Nos amis du FPOC ont été les premiers à déposer leurs dossiers de candidatures alors que ceux de l’opposition qui ont participé à la « fausse Concertation citoyenne » et ceux du pouvoir ne l’ont fait qu’au dernier moment. Et tout cela moins d’un mois après leurs tonitruantes déclarations. Hallucinant. Finalement si on comprend bien, après avoir dit que le RFD accompagnait Sassou à sa victoire certaine, ils ont donc décidé eux-aussi d’accompagner Sassou ! Où est la cohérence ? Où est la crédibilité ? Le RFD qui est candidat à cette élection par son Président Joseph Hondjuila Miokono est cohérent dans sa démarche politique : d’abord Concertation pour améliorer les conditions de l’élection notamment la présence de l’opposition dans toutes les structures de la Conel (distribution conjointe des cartes d’électeur, bureau de vote, conel locale, commission technique de la Conel qui rassemble les résultats, direction de la Conel), puis candidature. Pour le FPOC, on obtient rien, mais on y va quand même. Allez-y comprendre. Le RFD avait donc raison. Le RFD est cohérent, crédible, sait où il va et comment il y va.
Au terme de l’article 48 de loi électorale n°9-2001 du 10 décembre 2001, déposer un dossier de candidature pour l’élection présidentielle cela veut dire qu’on a, entre autre, passé la visite médicale, obtenu la déclaration de moralité fiscale et versé au trésor public le cautionnement de cinq millions (5.000.000) de francs CFA (remboursé si on obtient au moins 15% de suffrages). Les candidats du FPOC ont fait tout ça. Et rapidement. Ils vont donc à l’élection présidentielle. Qu’on ne nous dise pas qu’ils ont versé 5.000.000 FCFA par candidat uniquement pour avoir accès aux médias pendant la campagne officielle sans avoir la volonté d’aller jusqu’au bout du scrutin ! Ils n’avaient pas besoin d’être candidats pour cela : les médias privés sont là, les médias de Kinshasa captés à Brazza sont là. D’ailleurs l’article 38 nouveau de la loi n° 5-2007 du 27 mai 2007 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 9-2001 du 10 décembre 2001 portant loi électorale est claire : « les émissions de propagande électorale sont celles qui permettent à un candidat de présenter son programme électoral ». Il ne s’agit donc pas de venir dire si vous êtes pour ou contre l’élection, mais de dire aux électeurs pourquoi ils doivent voter pour vous. Etienne Tchisékédi qui avait appelé au boycott du référendum constitutionnel et de la présidentielle en RDC n’a jamais déposé son dossier de candidature pour avoir accès aux médias. Il parlait quand il voulait. Ce serait une nouvelle trouvaille politique congolaise, jamais vue au monde de voir des candidats déposés des dossiers, après avoir passé une visite médicale, payé énormément d’argent, et dire qu’ils ne sont pas candidats, qu’ils se sont simplement « inscrits » en attendant des meilleures conditions d’élection. Abracadabrantesque.
Non, nos amis du FPOC doivent arrêter de se décrédibiliser et reconnaître qu’ils ont commis une grossière erreur politique (il n’y a pas honte à cela) en boycottant la Concertation citoyenne. Tout le monde a compris qu’ils vont participer à l’élection présidentielle de juillet 2009 mais ils s’enferment encore dans des déclarations aussi étonnantes que contradictoires du type : « …le Front des partis de l’opposition, soucieux de préserver la paix chèrement acquise dans notre pays et déterminé à obtenir des conditions permissives d’une élection équitable a décidé d’inscrire les candidats déclarés en son sein à l’élection présidentielle de juillet 2009 ». Faut-il rappeler que le décret convoquant le corps électoral pour le 12 juillet n’est pas abrogé et qu’il ne risque pas de l’être puisqu’ils sont candidats. Ils ont ainsi validé la date du 12 juillet 2009 et donc le décret ! Encore l’incohérence entre ce que l’on demande (conditions permissives) et les actes que l’on pose (dépôt de candidatures). Faut-il rappeler que les décrets relatifs à la Concertation citoyenne ont été publiés et ne risquent pas d’être abrogés ! La Conel est modifiée, le financement des partis politiques validé. D’ailleurs certains partis qui ont boycotté la Concertation vont profiter du travail du RFD et des autres partis présents à la concertation. Faut-il rappeler que le processus électoral est engagé (dépôt de candidature terminé) et la machine lancée va bientôt s’emballer avec l’ouverture de la campagne officielle. Quand donc espèrent-ils « obtenir les conditions permissives d’une élection équitable » alors que leurs candidats ont déposé leurs dossiers et amplifient leur campagne électorale ? Peuvent-ils être enfin clairs avec les Congolais ?
Comme je l’ai dit dans mon papier intitulé « Mais de qui se moque t-on ? Du peuple congolais ? », ils étaient candidats avant la Concertation citoyenne, ils le sont après. Et malgré les gesticulations, ils vont aller jusqu’au bout de l’élection. Le dépôt des candidatures enveloppé dans des déclarations de précaution n’y changera rien. Ils sont candidats. Alors, chers compatriotes, qui est plus cohérent dans sa démarche politique et finalement plus crédible ? Est-ce le RFD qui a participé à la Concertation citoyenne, et obtenu avec d’autres la participation de l’opposition dans toutes les structure de la Conel, ou bien ceux qui ont tiré à boulet rouge sur le RFD, lancer les menaces de façon tonitruante et qui finalement vont participer à l’élection dans les conditions obtenues par les participants à une Concertation citoyenne qu’ils ont décriée ?
A quelques jours de l’élection présidentielle, le RFD vient de faire la démonstration de sa cohérence, de sa crédibilité politique et de son abnégation pour faire avancer notre pays, en plaçant les intérêts supérieurs de la nation au-dessus de toute autre considération, en refusant l’égoïsme et le calcul politiques basés, uniquement sur l’arithmétique ethnique ou régionale, en tournant le dos à la légitimité politique fondée uniquement sur la puissance du porte-monnaie.
Le problème du Congo est national, sa solution sera nationale. Cette solution ne viendra que par des gens qui pensent nation. Le temps de la complaisance ethnique et régionale qui fait reculer le Congo doit se terminer. Le temps où seul l’argent commande doit être achevé. Il ne s’agit plus de dire, il manque l’eau, il manque l’électricité, la santé est moribonde, l’école est par terre. Tout le monde le sait. Il ne s’agit plus d’énumérer un catalogue avec des phrases du type « je vais créer des emplois », « je vais apporter de l’eau » etc. Tout le monde peut le dire. Il s’agit maintenant de dire comment on fait pour créer des emplois durables, comment on fait pour qu’on soigne au Congo comme on soigne dans les pays développés, comment on fait pour offrir de l’eau et l’électricité en permanence, comment on fait pour relancer la politique agricole, etc. Il s’agit d’éclairer les Congolais sur nos réelles intentions afin qu’ils fassent un choix en connaissance de cause. C’est ça le chemin de la construction de la démocratie. C’est à ce débat, projet contre projet, argument contre argument, que nous convions tout le monde car le Congo mérite mieux. Au peuple congolais de choisir. Au moment du choix, chaque électeur, chaque électrice qui veut le véritable changement devra faire abstraction de sa région, de son ethnie, de la richesse des candidats, puis se poser la seule et unique question qui vaille pour une élection présidentielle : qui des candidats est suffisamment crédible pour améliorer ma vie et celles de tous les Congolais ? A ce moment là, le choix de Joseph Hondjuila Miokono, candidat du RFD, qui est entouré des cadres de toutes les régions du pays, s’imposera comme une évidence car Oui, le Changement, Nous Devons !
Fait à Paris, le 15 juin 2009
Arsène Bikoué
1er Vice-Président du RFD
par mail embaboula@yahoo.fr