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Espace d'échange de la diaspora congolaise.

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Encore un demi siècle de « bongoïsme » ?

Et si Ali Ben Bongo était, bon an mal an (même à l’africaine) élu président de république du Gabon ? Fera-t-il comme « papa » pour régner pendant près de cinquante ans? Rien n’est plus sûr à l’heure actuelle. Toutes les interrogations sont cependant de mise.

          Le bureau politique du parti démocratique gabonais (Pdg) vient de jeter son dévolu sur Ali Ben Bongo pour la présidentielle gabonaise anticipée du 30 août prochain.

          Même si un des membres de la majorité présidentielle a émis des réserves sur la fiabilité de ce choix, il semble que Faustin Boukoubi (actuel secrétaire général du Pdg) et les autres responsables du parti au pouvoir ont voulu faire allégeance au défunt « boss ». Comme de son vivant. D’ailleurs, le roi est mort vive le roi. Et bien que gisant dans son linceul, tout roi de ce monde aime qu’on l’immortalise. Les souverains,  sauf les imprudents pris à contre-pied par les événements, savent bien qu’il faut toujours désigner un successeur. Et bien entendu le présenter aux courtisans et valets.

          Sage Batéké, astucieux, malin, intelligent, méticuleux, Omar Bongo Ondimba était tout sauf naïf. Moins encore bête. Conscient qu’il quitterait un jour la terre et surtout son Lewai natal, Omar Bongo aura régné plus de quarante années durant, en préparant minutieusement son après- pouvoir ou après- vie .

          En Afrique, comme partout ailleurs, la meilleure façon de sécuriser la postérité est de confier sa responsabilité à un « digne » successeur.  Et le successeur se trouve souvent parmi les membres de la famille. C’est sûr que le fils de Jeanne Ebori n’a pas eu trop de tournis pour choisir l’héritier. Grâce, Betty et Pascaline (la fille aînée) sont des « simples femmes » et doivent s’incliner devant Ali Ben, fils aîné. Quant à Omar Denis Junior (né de l’union avec feue Edith Lucie Sassou Nguesso), il est encore petit et doit céder la chaise à « ya Ali », droit d’aînesse oblige. Qu’il attende son tour pour régner comme Bongo III peut-être cinquante ans plus tard.

          Mais peu importe la manière dont Bongo avait choisi son dauphin. Moins importantes sont encore les vraies raisons pour lesquelles Ali a été désigné pour défendre les couleurs du Pdg lors du scrutin du dimanche 30 août prochain. Ce qui devrait intéresser les Gabonais ainsi que d’autres Africains épris de démocratie, c’est qu’il ne fasse pas comme son défunt père au cas où il peut être élu.

           Or, la plupart des hommes politiques que l’histoire a connus sont le résultat d’un système fort cohérent fût-il « mauvais ». Fils biologique d’Omar Bongo, Ali n’est pas certes né dans le Haut Ogooué. Sans doute à Libreville. Ou ailleurs. Agé de cinquante ans aujourd’hui, Ali Ben Bongo a vu les indépendances arriver dans le continent. Il était tout petit. Quand son père accède à la magistrature suprême, il est toujours petit. Huit ans un peu comme Jacou le Croquant. En 1967, Ali entre lui aussi au Palais du Bord de mer. Là, il voit comment papa travaille avec ses collaborateurs. Comment il les blâme jusqu’à quel point il ridiculise les adversaires et les courtisans. Le reste du monde entier, Ali a appris à le connaître depuis le palais présidentiel. Beaucoup de chefs et personnalités « VIP » du monde entier sont passés visiter Omar Bongo, qui après le décès de l’Ivoirien Houphouët Boigny deviendra « le doyen des chefs d’Etats africains ». Tous ces scénarios, Ali les a vécus en live bien que enfant. Au début des années 90, le vent de la perestroïka comme la peste, fait des ravages importants en Afrique dirigée jusqu’ici du nord au sud et de l’est à l’ouest par une espèce de leaders sans souci pour le peuple et antidémocratique.          Malgré le pluralisme politique qui emporta certains potentats, Omar Bongo échappa quand même à l’épidémie de la Perestroïka.

           La méthode de Bongo paraissait simple. Un peu comme l’accès au Paradis où l’on ne demande qu’à respecter les dix commandements de Dieu. Pour Omar, il fallait certes affamer le peuple, mais en distribuant facilement et gratuitement l’argent du pays à ceux-là qui le désiraient, mais qui étaient fort nuisibles.

         Le légendaire opposant des années 90, Paul Mba Abessole pourrait être l’échantillon même de la politique et la démocratie à la Bongo Ondimba. Selon des personnalités gabonaises jugées sérieusement, en 2001, pour avoir reçu plusieurs milliards de francs Cfa, beaucoup de camions grumiers et partant être devenu le plus grand exploitant forestier du Gabon, Mba Abessole n’eut pas d’autres options que de s’aligner derrière le boss.

        Du coup, le RNB cessa d’être le Rassemblement national des bûcherons pour devenir le RPG, rassemblement du peuple gabonais. C’était le début de « l’opposition dans la convivialité ou l’opposition participative », comme il l’avait déclaré en décembre 2001 à Tchibanga à la veille des législatives.  Commentaire d’un réfugié congolais : « il ne s’agira plus d’abattre le séquoia, plutôt de se contenter des feuilles mortes qu’il fera tomber ».

           Si le règne de Bongo pouvait durer aussi longtemps qu’un séquoia, c’est sans doute parce qu’il a su faire de la politique à l’africaine. Une politique faite de corruption, de dictature, de pyromanie, division, etc comme nous l’a démontré Rfi le jour de ses obsèques officielles. Bref, Bongo était le résumé de toutes les formes de régimes politiques que l’humanité a connus. Pour avoir su combiner les différents systèmes Omar a fini par devenir « ininguissable et inkatoulable ». « Il est mort avec son fruit à la main comme un singe », dirait le directeur général de Talassa.

          Et tout cela, Ali Ben Bongo a vu et sans doute copié. Comment en découdre avec un nuisible. Comment maîtriser une insurrection. Comment consoler un peuple lorsqu’il pleure de faim. Comment faire irruption dans le cercle des « grands » de ce monde…Bongo sait tout. Il sait ce qui l’attend. En respectant cette médication, Ali une fois élu (75 % de chance, pourvu qu’il fasse comme défunt papa), pourrait rester longtemps au pouvoir sans être inquiété. Et ça pourrait durer jusqu’au moment où il sera complètement épuisé : probablement à l’âge de cent ans.

           Le « bongoisme » a encore près de cinquante ans de vie au Gabon.

TALASSA

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