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LA HAYE (AFP) - L'ex-président du Liberia Charles Taylor a déclaré lundi qu'il ne s'était "jamais" livré au cannibalisme au Liberia et ne l'avait jamais ordonné à ses troupes, lors de son procès pour crimes de guerre devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) à La Haye.
"C'est ignoble. Il faut être fou pour le croire", a déclaré M. Taylor (61 ans), qui est également jugé pour crimes contre l'humanité. "Ca donne envie de vomir, c'est ce que ça me fait", a-t-il ajouté.
"Cela ne s'est jamais passé et je ne sais pas comment il peut dire que c'est possible", a-t-il dit à propos de la déposition d'un témoin de l'accusation qui avait raconté qu'il avait mangé de la chair humaine avec M. Taylor lors d'une cérémonie de la société secrète Poro, dont l'accusé est aujourd'hui encore le chef.
"Je n'ai jamais ordonné à aucun combattant de manger qui que ce soit", a-t-il aussi affirmé, en précisant qu'il ne "contest(ait) pas qu'il y a(it) des cannibales dans certaines parties du Liberia".
Des témoins à charge avaient raconté que les combattants de son mouvement rebelle, le Front national patriotique du Liberia (NPFL), avaient l'habitude d'utiliser cette tactique pour inspirer la crainte aux civils.
M. Taylor est jugé depuis janvier 2008 pour avoir dirigé en sous-main les rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF) qui ont ravagé la Sierra Leone de 1991 à 2001 afin de se procureur les ressources, notamment des diamants, de ce pays voisin du Liberia.
Le RUF est accusé d'être responsable de mutilations faites sur des milliers de civils, qui ont eu leurs bras et mains coupés au cours d'une des guerres les plus brutales de l'histoire moderne, qui a fait plus de 120.000 morts.
"Il est inimaginable de croire que le président du Liberia ait pu aller en Sierra Leone pour terroriser la population et s'emparer de ses richesses", a poursuivi M. Taylor, en rappelant que son propre pays possédait ses propres gisements de minerais et de diamants.
Il n'y avait "absolument rien" à gagner de la destabilisation de la Sierra Leone, ce type d'action ne contribuant qu'"à perdre l'aide étrangère, l'assistance et les amis", a-t-il encore ajouté.
Premier dirigeant africain a être jugé par une juridiction internationale, M. Taylor plaide non coupable de onze crimes, notamment meurtres, viols et enrôlement d'enfants soldats.
M. Taylor, dont le mouvement rebelle NPFL avait envahi en 1989 le Liberia déclenchant une guerre civile de 14 ans qui a fait 250.000 morts, avait été élu président en 1997.
Son procès a été délocalisé de Freetown à La Haye pour éviter tout risque de déstabilisation de la région. Le jugement est attendu mi-2010.