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Espace d'échange de la diaspora congolaise.

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Le volcan de la royauté Téké se remet en activité

Dans nos précédentes éditions Talassa avait publié sur son site Internet une lettre circulaire à l’attention des cadres politiques et administratifs, sujets du royaume Téké, interpellés par les instances du Royaume, le Conseil royal, la Cour royale et le secrétariat incarné par le premier vassal du Roi Makoko, Ngaï-Lino depuis Mbé, le 04 juillet 2009, sur le désordre constaté dans la Cour royale de Makoko. Cette interpellation du premier vassal du Roi Makoko accuse les cadres politiques et administratifs tékés, intellectuels dont le minimum d’honnêteté intellectuelle les obligent à œuvrer pour la stabilité de l’héritage culturel, sans lequel les tékés ressembleront aux membres d’une jungle et pays Congo fabriqué par les blancs en prendrait un coup. Dans cette livraison la rédaction, vous propose en intégralité cette circulaire du royaume Téké qui a suscité la réaction de l’historienne Cécilia Obouroumpia d’origine téké, vivant en France, dans une correspondance adressée à M. Philippe Gnari et au premier vassal du roi Makoko à Mbé au Congo, en réponse à leur message royal à l’intention du Président de la République et du public.

 Cécilia Obouroumpia, historienne

29, rue des Gras 63.000

Clermont Ferrand

 A

Monsieur Philippe Gnari, «Premier Vassal» (?)

du Roi Makoko MBE

Dans deux lettres acrimonieuses datées du 04 juillet 2009 et numérotées (001/RT-CR-Cab, 001/RT/CRCR-SC-S/-) sous les signatures respectives du Roi et de la votre, à l’intention du Président de la République et du public,

Vous déplorez ce que vous qualifier de désordre sans nom qui règne au sein de la Cour Royale et en imputez la responsabilité aux «cadres de la communauté téké qui confondent la tradition aux croque en jambes politiques».

Selon vous, ce désordre sans nom s’est traduit par  «la nomination de deux Rois, le limogeage intempestif de vassaux, le déballage public des affaires, le tout couronné par deux audiences séparées chez le chef de l’Etat».

Pour conjurer ce mal vous décrétez les dispositions suivantes :

-les sujets du royaume ne doivent plus être des donneurs de leçons de tradition à la Cour Royale ;

-tout vassal doit passer par le premier vassal pour rencontrer un haut cadre téké.

A la lecture de la lettre du nouveau premier vassal et des exemples de désordre qu’il cite, il apparait nettement que les causes de désordre sont à rechercher du coté du Roi Nguempio qui a limogé son ancien premier vassal Pionkoua Ferdinand dans des conditions contestées et du coté des autres dignitaires qui ont  soutenu la désignation d’un  autre Roi. Les causes internes à la Cour Royale sont donc évidentes.

Mais la responsabilité propre des cadres pourtant indexés n’est étayée ce qui laisse les lecteurs sur leur faim et au surplus suggère que le nouveau premier vassal du Roi Nguempio n’aurait pas fait, ni un bon procureur, ni un bon juge ! C’est peut-être pour cela que vous vous insurgez contre  «ceux qui se posent en donneur de leçon de tradition à la cour royale» ;

Les observateurs méditeront sans doute longtemps aussi sur cette décision qui interdit de fait les contacts entre les cadres tékés et les dignitaires de la Cour.

Une telle disposition n’aurait même pas été imaginée sous l’ère du monopartisme triomphant.

De  son coté sa lettre au Président de la République, le Roi Auguste Nguempio lui rappelle les principes de la Constitution royale et la préséance au sein des douze dignitaires de la Cour. Il saisit cette occasion pour s’attaquer violemment à la Reine, à sa notoriété et aux privilèges qui en découlent ainsi qu’aux cadres politiques qui lui témoignent autant de considération.

Le Roi s’irrite visiblement de la déconsidération qui entoure sa personne et l’incapacité qu’il ressent à être une autorité morale.et au lieu de s’amender, il tente, par une manœuvre de triangulation, de s’exonérer, en se défaussant sur la Reine, de l’obligation de répondre aux questionnements incessants des sujets du Royaume, notamment face à certains actes que d’aucun ont vite qualifié de délinquance royale. C’est le cas de cette tentative d’aventure en Libye, au mépris des conséquences diplomatiques. C’est le cas des sacrifices de cabris au cimetière en défaveur du candidat Sassou-Nguesso, mais en soutien à un autre candidat à l’élection présidentielle ; c’est la cas des injures publiques sur la personne de la Reine ; c’est cette tendance à l’insulte à l’endroit des cadres et de tout le monde comme on peut l’observer dans sa lettre.

Mais pour mieux éviter de faire face aux interrogations de ces sujets, le Roi Nguempio tente une fuite en avant en s’abritant derrière un discours exégétique sur la Constitution royale. Mais la confusion qui s’en dégage cache mal la haine que voue le Roi à sa Reine.

 En voici quelques aspects :

Selon l’exégète royal, chaque vassal tire son pouvoir, non du Roi, mais de son sanctuaire et que le Roi n’a pas le pouvoir d’en destituer un seul. C’est la responsabilité de la famille dépositaire du sanctuaire.

CICERON (106-43 avant Jésus Christ) le plus célèbre des orateurs romains disait de l’histoire que c’est le témoin des siècles, la lumière de la Vérité, la vie de la mémoire, la maitresse de la vie.

Et pour éclairer la vérité, l’histoire rapporte ainsi qu’il suit la procédure de désignation du Roi chez les Tékés :

«D’abord le Roi est spirituellement l’époux de Nkwe-Mbali, divinité incarnée par la Reine Ngalifourou (Nga-Antsibi) gardienne du sanctuaire d’Antsibi.

A la vacance du trône, le premier vassal (Premier Ministre) Ngai-Lino après avoir pris acte du désir de Nga-Antsibi  d’avoir un « nouveau mari », donne au vassal (ministre) Mouangao la mission d’identifier de potentiels candidats, le tout dans le strict respect des critères d’éligibilité requis.

Le candidat sélectionné par Ngai-Lino est ensuite présenté à l’appréciation de Nga-Antsibi.

S’il est positivement apprécié par la Reine, il est alors renvoyé devant Ngai-Lino qui ordonne au vassal          Ngai-Andzon de draper l’heureux élu du châle (Nkan) prélevé dans les armoiries de Nkwe-Mbali.

La Reine peut remplir elle-même cet office en cas d’indisponibilité de Ngai-Andzion.

Après la présentation de l’élu au public par Ngai-Lino, la Reine et son «nouvel époux» exécutent quelques pas de la danse rituelle Ampiraton.

Le nouveau Roi est ensuite conduit au Palais Royal dans l’attente de la grande cérémonie de port des insignes royaux par Moutiri».

Pourtant c’est par le même cheminement que monsieur Auguste Nguempio a accédé au trône royal de Makoko.

Cette interprétation est partagée par l’ensemble des parties, mais elle donne rétrospectivement raison à ceux qui ont condamné la destitution nocturne du premier vassal Piankoua Ferdinand. C’était donc bien un acte d’abus de pouvoir du Roi.

Parlant des audiences, cérémonies et autres activités nocturnes à la Cour du Roi Nguempio, grande est sans nul doute la surprise dans l’entre tombe de l’explorateur franco-italien Pierre Savorgnan De Brazza à qui la postérité doit le précieux témoignage que voici :

«Je suis resté vingt cinq jours sous le toit de Makoko, j’ai séjourné deux mois dans ses Etats.

Il n’aurait pas mieux traité ses enfants que nous l’avons été par lui. Tous les matins, pendant notre séjour chez lui, sa femme m’apportait elle-même des provisions.

Tout le monde voulait nous faire des cadeaux que la modicité de nos ressources nous obligeait à rendre beaucoup moins en espèce qu’en amabilité.

Chaque jour j’eus des entretiens familiers avec Makoko, dont la curiosité était insatiable.

Makoko arrêtait toute réception à la nuit tombante, certainement parce que la nuit symboliserait l’indéterminé ou se mêlent cauchemars et sorciers,

les idées noires».

Enfin, si chaque vassal tire son pouvoir, non du Roi mais de son sanctuaire, la Reine Nga-Antsibi ne tire pas son pouvoir d’une quelconque position matrimoniale auprès du Roi, mais bien de son sanctuaire, le plus élevé d’entre tous, le Nkwe-Mbali, et dont elle est la gardienne.

Cette interprétation est aussi celle qui a prévalu au moment du choix de l’actuel Roi. A ce moment là, le Roi lui-même, ses délégués et ses partisans ont soutenu cette interprétation et expliqué au Gouvernement et à l’opinion publique que la Reine était incontournable, qu’elle était la « gardienne du temple ».

Cela n’était pas le fait de « cadres tékés hauts placés au niveau de l’Etat ».

Bref dans la conscience collective des populations tékés, la Reine Nga-Antsibi est cette Dame de fer, à cheval sur les principes du Nkwe-Mbali, incorruptible aussi bien par le pouvoir que par l’argent, qui a résisté y compris face au pouvoir politique pour que triomphe les principes du Nkwe-Mbali dont elle est la gardienne.

A ces moments là de grandes incertitudes, cette femme a incarné la fierté, l’honneur et la dignité, non seulement des femmes, mais de l’ensemble des Tékés.

Même ceux qui ne l’aimaient pas reconnaissaient et s’inclinaient devant autant d’autorité morale.

Le président Denis Sassou-Nguesso en tant que candidat à l’élection présidentielle a visité tous les coins du pays et salué tous les chefs traditionnels qu’il pouvait rencontrer.

La Reine lui a été présentée abondamment comme la Gardienne du Nkwe-Mbali, c’est-à-dire la conscience morale des tékés, par l’actuel Roi et tous ses partisans au moment ou il se battait pour sa reconnaissance comme Roi.

Si certains ont la mémoire erratique, le président Sassou-Nguesso lui, se souvient bien de ce qui a été dit et a ainsi inscrit la Reine sur la liste  des ressources morales du pays.

C’est à ce titre qu’il peut la recevoir solennellement ou lui rendre visite dans les mêmes conditions.

Mais le fait de recevoir la Reine n’a pas empêché le président Sassou-Nguesso d’offrir une voiture Prado 4x4 neuve au Roi Nguempio, accompagné de beaucoup d’autres cadeaux en nature et en espèces.

Le Roi Nguempio, dans des calculs qu’il croit sophistiqués vit mal l’ombre que porte sur lui la forte personnalité de la Reine et craint de ce fait de perdre certains avantages auprès du Président.

Et pourtant, le Président de la république a montré à son endroit qu’il n’était ni  rancunier, ni avare, quand ben même il est apparu, certains moments, comme celui qui voulait défier son pouvoir.

C’est ce modèle que le Roi Nguempio qui semble encore chercher ses marques devrait suivre afin de ramer la sérénité dans sa Cour.

Reconnaître la valeur intrinsèque des autres, qui ne vous veulent pas du mal, n’est pas une faiblesse.

La Reine assume tout ce qu’elle a fait pour imposer le Roi Nguempio à tous et elle ne le regrette pas. Elle le referait si cela est commandé par les principes.

Les Tékés dans leur ensemble ont montré qu’ils restaient attachés à l’institution royale, au Roi légitimement installé et à leur Reine de cœur.

Il n’appartient qu’au Roi de se surpasser et de prendre des initiatives de sagesse,  d’écouter entre les conseillers ceux qui orientent vers des solutions équilibrées pour qu’en final, l’intérêt général soit préservé.

 L’homme est dit-on un animal qui peut mentir et qui ment c’est ce qui rend la bonne foi moralement nécessaire.

La bonne foi a la vérité même pour l’objet.

La bonne foi c’est le refus de tromper, de dissimuler, d’enjoliver.

L’homme de bonne foi, c’est celui qui aime la vérité et qui refuse pour cela le mensonge aussi bien par excès que par défaut, par affabulation que par omission.

En elle-même la fausseté est une chose basse et répréhensible et la sincérité une chose noble et digne d’éloge.

Surtout nous vous demandons de nous édifier sur l’état actuel de vos relations avec les «Itsinis» du Nkobi de Libvi qui aux dernières nouvelles vous considèrent toujours comme un usurpateur éhonté.

Cordialement Votre.

Ci-contre la lettre circulaire en question.
http://www.talassa.org

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