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Espace d'échange de la diaspora congolaise.

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Il faut choisir : La politique de l’intérêt général ou le degré zéro de la politique Aujourd’hui, dans le « village mondial », il y a deux mauvaises nouvelles qui ont pourtant ceci de bon

Il faut choisir : La politique de l’intérêt général ou le degré zéro de la politique


Aujourd’hui, dans le « village mondial », il y a deux mauvaises nouvelles qui ont pourtant ceci de bon : elles devraient permettre aux principaux chefs d’Etat de la « communauté internationale » de prendre des décisions qui pourraient justifier leur présence pour toujours dans l’Histoire - avec « H » - ou, au contraire, dans les histoires – avec «h ». Mieux, les chefs d’Etat devraient en tirer une leçon plus générale quant à leur manière de conduire la politique, collectivement au niveau de chaque continent (Union Européenne, Union Africaine, par exemple) ou bien dans la solitude du pouvoir, au niveau de chaque Etat , individuellement. Quelles sont ces mauvaises nouvelles ? Quelle leçon générale donc pour les chefs d’Etat- par exemple ceux d’Afrique - par rapport à l’avenir de leurs pays respectifs ? Ces deux questions relèvent de la pratique, pour « Nous, les démocrates d’Afrique »

La première des deux mauvaises nouvelles est celle qui pourrait être plus ou moins maquillée par la réunion du G20 – les 20 pays les plus riches du monde- du 24 au 25 septembre 2009 à Pittsburgh aux Etats-Unis : la crise économique et financière internationale va continuer et nul ne sait encore si la « sortie de crise » s’écrira avec la lettre L, ou les lettres U, V , W, les choses étant ce qu’elles sont. Avec L, la « reprise » n’étant ainsi donc que la stagnation après une chute brutale ? Avec U pour une économie mondiale monétaire et réelle ayant touché le fond et qui peut repartir comme avant ? Avec V pour une remontée progressive de la pente de la reprise ou bien selon W ? W en effet, cette probable et inquiétante perspective d’un long chemin incertain et sinueux vers une reprise qui pourrait n’advenir qu’en passant d’abord par une autre crise, celle qui déjà se laisse percevoir à travers les non-solutions apportées au problème du « bonus » des « traders» et des dirigeants des grandes banques jusqu’à cette fin août 2009.

La deuxième mauvaise nouvelle : rien n’augure de la meilleure issue possible à propos du débat préparatoire de la conférence internationale qui est prévue pour décembre 2009 à Copenhague, au sujet de cette autre crise prévisible pour l’entière Humanité : la crise écologique liée au changement climatique. Il ne reste plus que quelques mois aux « Maîtres du monde » afin qu’ils s’accordent sur ce que les grands négociateurs appellent un « équilibre de Nash » - dans un jargon emprunté aux économistes - c’est-à-dire sur un point d’équilibre parmi plusieurs autres possibles et qui , tous, satisfont de manière relative les désirs de chaque partie à la table de négociation. C’est dire que la négociation restera plus un art qu’une science. Surtout lorsque l’on sait que l’objectif des parties en présence devrait résolument être ce qu’on appelle l’ « intérêt général ». Et, mieux, lorsqu’on constate qu’à la table de négociation du « village planétaire » le « chacun pour soi » est plus ou moins la chose la mieux partagée jusqu’à cette fin août 2009, au sujet des décisions à prendre dans le domaine du changement climatique et de la politique de l’environnement et malgré quelques incontestables avancées « sur le papier ».

Le constat s’impose : Le sens de l’ « intérêt général » doit prévaloir et les intérêts particuliers se soumettre à ce primat, si la Cité de toute l’Humanité veut, demain, former sérieusement le « V de la victoire » en guise de symbole marquant, d’une part la « sortie de crise » - la crise économique du capitalisme mondial déclenchée en 2007 aux Etats-Unis - et d’autre part, l’engagement dans le sens de la lutte pour un meilleur écosystème.

De ce point de vue, à propos du G20 qui se tiendra chez Obama, on remarque un mauvais signal lorsque l’on entend le Président Sarkozy dire, tout en annonçant une décision pourtant relativement bonne, face aux dirigeants des banques françaises : « La France doit prendre l’initiative, elle ne doit pas subir au G20». Evidemment, pareille variante de « l’égoïsme des nations » pourrait ne pas surprendre, si l’on s’arrête au comportement du personnage du numéro un français sur le théâtre d’une vie diplomatique multilatérale sur laquelle les médias français font planer l’ombre d’un match permanent Obama-Sarkozy. D’ailleurs, ce « match » pourrait rebondir sérieusement si l’un ou l’autre en arrivait à défendre l’ « intérêt général » dans l’économie mondialisée en obtenant aussi ceci : que le G20 se transforme dès Pittsburgh en G23, en intégrant un représentant de chacun des trois continents que sont l’Afrique (Union Africaine), l’Amérique (les Etats membres de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Amérique Latine) et l’Asie ( par exemple les Etats membres de la Banque Asiatique de Développement), au même titre que le continent européen qui est le 20ème membre à travers l’Union Européenne depuis la création du G20 en 1999. On peut reconnaître que cela se justifie pour au moins deux raisons : d’une part, le poids économique de ces entités- l’Union Africaine pesant évidemment plus lourd que la seule République sud-africaine qui est le membre africain du G20 ; d’autre part, le besoin de démocratie sur la scène internationale, en attendant la réforme sur la représentation à l’ONU et dans les institutions de Bretton Woods. L’application d’une telle proposition pourrait peut-être davantage aider à la dynamique récente de l’ «Autorité de l’Union Africaine». Elle pourrait, en tout état de cause, avoir au moins un effet majeur qui est déjà en partie l’effet conjugué des luttes pour l’approfondissement du processus de démocratisation dans les différents pays : la création et le fonctionnement d’institutions appropriées dont la mission est la promotion de l’ « intérêt général » et l’élimination de la pauvreté politique qui rime avec le degré zéro de la politique, et ceci, lorsque tel ou tel chef d’Etat s’avère incapable de faire avancer son pays grâce aux vertus de la négociation au niveau des institutions.

En vérité, les luttes pour la démocratisation des Etats africains ont conduit les chefs d’Etat actuels face à un dilemme identique à celui qui est rendu évident sur la scène internationale par les deux impératifs que sont, d’une part, à travers le G20 notamment, la « sortie de crise » en ce qui concerne la crise économique et financière mondiale, d’autre part, à travers le prochain Sommet de Copenhague, la prévention de la « crise écologique mondiale».

Le dilemme est : suivre la voie de l’intérêt général ou s’affairer dans la voie des intérêts égoïstes qui, tôt ou tard est ou sera celle de la politique politicienne au degré le plus insignifiant en termes de valeurs politiques, morales , spirituelles. Telle est la leçon générale que les chefs d’Etat africains pourraient tirer des deux mauvaises nouvelles mentionnées dans cette chronique. « Nous, les démocrates d’Afrique » pourrions d’ailleurs prendre un cas pour souligner la portée d’une telle leçon. C’est le cas du Congo-Brazzaville où l’opposition politique organisée et internationalement reconnue soutient que le Général Denis Sassou Nguesso a fait un « coup d’état électoral » le 12 juillet 2009.L’évidence est que ce dernier est au pouvoir. Mais, comment se comporte-il face au dilemme "politique de l’intérêt général ou politique degré zéro " ? Sans trop de « dialectique », on pourrait retenir trois critères formulés d’après trois questions, pour obtenir des réponses éclairantes, positivement ou par la négative, dans les mois ou les années qui viennent. Premier critère : le Président Sassou va-t-il prendre la seule initiative qui devrait lui permettre de figurer dans l’Histoire – avec « H» - en matière de paix civile et de réconciliation nationale , en l’occurrence la création d’une « Commission Vérité et Réconciliation » ? Deuxième critère :le chef de l’Etat actuel du Congo-Brazzaville va-t-il lancer le nécessaire débat sur la Constitution en remettant à plat d’une part la Constitution de 2002 qui est un résultat de la « guerre du pétrole au Congo via la rivalité Lissouba-Sassou, mai-1997-décembre 1999 », d’autre part, la Constitution de 1992 qui est le résultat de la Conférence Nationale Souveraine de 1991 ? Troisième critère : le Président de la République du Congo va-t-il engager une procédure transparente pour la reconstruction d’une armée, d’une police et d’une gendarmerie républicaines ?

L’intérêt de l’expérience du Congo-Brazzaville n’échappe certainement pas aux démocrates du reste de l’Afrique qui ont pu partager un double sentiment de honte et d’humiliation pour les peuples africains en entendant le Général Sassou Nguesso, dans son discours d’investiture du 14 août 2009, justifier par des « raisons humanitaires » une amnistie qu’il dit vouloir accorder au Professeur Pascal Lissouba, le tout premier président élu au suffrage universel direct dans l'Histoire du Congo, et qu’il avait chassé du pouvoir par les armes en 1997 avant de le condamner par contumace, ensuite,pour « crimes économiques ».
Parmi les raisons qui justifient, dans ce cas, le besoin de sortir par le haut du dilemme "politique de l’intérêt général ou degré zéro de la politique ", il faut ajouter la suivante : le Congo-Brazzaville a besoin de retrouver ce que l’économiste français Charles- Albert Michallet appelle «la séduction des nations », du point de vue de la globalisation. Et ce, dans la perspective de la présence gagnante de tout un peuple et des autres peuples africains dans l’Histoire –avec « H »- celle dont les contours futurs sont esquissés dans un ouvrage collectif assez récent par des économistes qui ont étudié avec le concept de « bien public» ces choses si chères pour les êtres humains que nous sommes tous :la paix, la santé, le savoir, l’environnement, le climat, la stabilité financière. L’ouvrage, paru en 2006 : L’avancée des biens publics mondiaux : politique de l’intérêt général et mondialisation ( coordonné par les Professeurs Gazier et Touffut, avec des textes de deux Prix Nobel d’Economie, aux éditions Albin Michel).

Chronique de Noël Magloire NDOBA - Magazine MATALANA n° du 19 septembre 2009
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