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Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et rival acharné de Nicolas Sarkozy a fait salle comble mercredi 1er avril en fin d'après-midi dans les sous-sols de l'Assemblée nationale, où ses amis députés l'avaient invité à expliquer son opposition au retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan.
La rencontre, organisée par les six députés qui lui restent fidèles, a réuni plus de 300 personnes salle Victor-Hugo Outre les six députés classés villepinistes -François Goulard, Jacques Le Guen, Jean-Pierre Grand, Guy Geoffroy, Georges Tron et Hervé Mariton- qui entouraient leur mentor à la tribune, figuraient les ex-ministres chiraquiens Henri Cuq, Brigitte Girardin et Nelly Olin, le président de Debout la République Nicolas Dupont-Aignan, le député UMP Yves Censi, proche de Jean-François Copé, et l'ex-président du Conseil constitutionnel, Yves Guéna.
Pendant 40 minutes, le héraut du "non" à l'intervention américaine en Irak en 2003, qui n'était plus revenu au Palais-Bourbon depuis mai 2007, a développé les raisons de son hostilité à la décision "inopportune" et "dangereuse" de Nicolas Sarkozy, officialisée en fin de semaine lors du sommet de Strasbourg et Kehl.
Dénonçant une nouvelle fois "une rupture avec l'héritage gaulliste" et avec "un consensus français", il a vu dans cette décision "à contretemps", "à contresens" et à "contre-emploi", le "risque d'un amoindrissement de la voix de la France" dans le monde.
L'ancien ministre des Affaires étrangères a jugé que cette décision allait "dans le sens d'une militarisation des relations internationales" et adressait un "signal d'occidentalisation" de la diplomatie française, à l'opposé de sa vocation traditionnelle de "trait d'union entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud". Prenant l'exemple de l'Afghanistan, il a mis en garde contre la "dérive dangereuse" vers une Otan "bras armé de l'Occident".
Il s'est montré très dubitatif sur les chances de Nicolas Sarkozy de "codiriger" l'Alliance, "organisation militaire sous l'égide des Etats-Unis": "le temps de la photo, il sera effectivement à la gauche ou à la droite du principal responsable, mais pour ce qui est de l'influence, c'est une chose beaucoup plus complexe". Selon lui, "on peut être l'alchimiste de toutes les transfigurations, mais on ne transforme pas la réalité".
Estimant qu'aucun progrès n'avait été fait sur l'Europe de la défense, il a réclamé des "gestes forts et concrets" sous la forme d'une réunion des Européens "très rapidement" après le sommet de Strasbourg.
Dominique de Villepin a insisté sur la responsabilité de Nicolas Sarkozy devant l'histoire: "voilà un acte qui suivra le président de la République et il est comptable des conséquences de cet acte".
"Il faut avoir en politique, chevillée au corps et à l'esprit, une très forte détermination (...) (Mon) combat est non pas contre quiconque mais pour la France, parce que je pense qu'il y a des dangers", a poursuivi Dominique de Villepin.
Celui qui ne s'est jamais frotté au suffrage universel est même allé plus loin en laissant entendre, à l'issue de la rencontre, qu'il pourrait être candidat: "l'élection, ce sont des circonstances qui font qu'elle devient naturelle. Croyez bien, je serai à ce rendez-vous".
Un peu plus tôt, une étudiante de Sciences-Po lui avait lancé: "je ne sais pas si vous avez une activité cérébrale très intense en vous rasant le matin mais, en 2012, je voterai pour la première fois aux élections présidentielles et si je pouvais voter pour vous...".
"J'étais à Egletons en 1976. Aujourd'hui, je suis salle Victor Hugo...", a commenté Jean-Pierre Grand, en allusion à "l'appel d'Egletons" lancé par Jacques Chirac deux mois avant la création du RPR.
Dans un communiqué, le député UMP Christian Estrosi, proche de Nicolas Sarkozy, a accusé Dominique de Villepin de jouer "l'inspecteur des travaux finis", déplorant en outre que "certains députés du groupe UMP cautionnent ces critiques systématiques" du chef de l'Etat.