Réunis à Londres pour le G20, les dirigeants mondiaux ont pris le parti de mieux réguler la finance mondiale. Les hedge funds seront désormais réglementés, tout comme les agences de notation et la rémunération des traders. Quant aux paradis fiscaux, leur liste est dévoilée et des sanctions sont prévues. "Le temps du secret bancaire est révolu", assène la déclaration finale. "C'est sans précédent", assure Nicolas Sarkozy.
A écouter Nicolas Sarkozy, le G20 a mis l'accent sur la régulation de la finance mondiale, à écouter Gordon Brown, le Premier ministre britannique, le G20 a mis l'accent sur la relance. Seulement, impossible d'écouter l'un et l'autre pour comparer, puisque le président français a grillé la politesse à l'hôte du sommet en tenant sa conférence de presse finale exactement en même temps... Nicolas Sarkozy, "heureux", était pressé d'annoncer que les conclusions du sommet du G20 allaient "au-delà de ce que nous pouvions imaginer". Si la régulation était "la priorité de la France et de l'Allemagne", cet engagement a été "repris par le G20 (...) la régulation est donc l'une des priorités du G20", commençait par jubiler le chef de l'Etat, alors que Gordon Brown et Barack Obama prônaient plutôt la relance de l'économie. De fait, les dirigeants du G20 se sont engagés sur l'un, et sur l'autre.
"Un nouvel ordre mondial émerge et avec lui nous entrons dans une nouvelle ère de coopération mondiale", s'est réjoui Gordon Brown. "Une page est tournée. C'est un accord sans précédent", lui a emboîté Nicolas Sarkozy. "Tous nous sommes conscient que seul nous ne pouvons rien", a-t-il continué avant de préciser: "Ce n'est pas la victoire d'un camp sur l'autre, c'est la prise de conscience de la grave crise mondiale". Toujours est-il que les bourses ont très bien réagit aux mesures annoncés par le G20.
Dans son communiqué, le G20 s'engage à "faire le nécessaire pour restaurer la confiance, la croissance et l'emploi, à réparer le système financier pour permettre la reprise du crédit, à renforcer la régulation financière pour restaurer la confiance, à financer et réformer (les) institutions financières internationales pour surmonter cette crise et en empêcher de futures, à promouvoir le commerce mondial et l'investissement et rejeter le protectionnisme et à construire une reprise complète, écologique et durable." "Il n'y aura pas de solution rapide, mais grâce aux six engagements que nous avons pris aujourd'hui, nous pouvons raccourcir la récession et sauver des emplois", a expliqué Gordon Brown. Revue de détails.
Les paradis fiscaux
"Le temps du secret bancaire est révolu" acte, selon Nicolas Sarkozy, la déclaration finale du G20. L'OCDE doit publier dans l'après-midi une liste des paradis fiscaux qui ne sont pas en conformité avec les règles mondiales d'échange d'informations fiscales. Des sanctions sont prévues pour ces places non coopératives. Les ministres des Finances du G20 sont chargés d'y réfléchir, ils rendront leurs conclusions lors du 3e sommet du G20, qui, a annoncé Nicolas Sarkozy, se déroulera à New York en septembre prochain. "Nous sommes convenus de mettre un terme aux paradis fiscaux qui ne transfèrent pas les informations requises", a répété Gordon Brown. Certains observateurs estiment que, si le G20 ne s'est pas chargé lui-même de publier cette liste, c'est parce que le Brésil et la Chine y auraient été opposés. Pour Nicolas Sarkozy, c'est simplement parce que l'OCDE suit habituellement ces dossiers.
Hedge funds
Ils représentent, a rappelé Nicolas Sarkozy, 1200 milliards de dollars. "Ils seront désormais réglementés, ils auront obligation de déclaration, d'immatriculation", a précisé Nicolas Sarkozy, qui a vanté cette nouvelle "transparence des règles".
Rémunération des traders
La déclaration retient des "principes communs". Il faudra désormais une "politique salariale responsable". Et ceux qui auront une politique salariale risquée en subiront les conséquences. En clair, la prise de risque sera rendue plus coûteuse. "Du jamais vu", s'est exclamé Nicolas Sarkozy.
Agence de notations
Au coeur de la tempête depuis un an, accusées de ne pas avoir fait leur travail et d'avoir trop bien noté des banques financièrement fragiles et donc encouragé des personnes à y investir, elles seront désormais encadrées. "Un code de bonne conduite qui évitera les conflits d'intérêts" sera publié et "obligera les agences à la transparence notamment dans l'activité de notation et d'investissement", a détaillé le président français.
Relance
Les dirigeants se sont mis d'accord pour injecter 1100 milliards de dollars dans l'économie mondiale par diverses institutions, au premier rang desquelles le Fonds monétaire international (FMI). Les ressources du FMI sont ainsi portées de 250 milliards de dollars à 750 milliards, soit un triplement de ses moyens. De plus, 250 milliards de dollars supplémentaires seront affectés aux droits de tirage spécial (DTS) du FMI. Le Fonds va également pouvoir vendre de l'or pour financer son aide aux pays les plus pauvres.
Le Premier ministre britannique a également indiqué que 250 milliards de dollars seront consacrés à aider le financement du commerce pour relancer les échanges mondiaux. Au total, le G20 aura injecté 5 000 milliards de dollars dans l'économie d'ici à fin 2010, a poursuivi Gordon Brown. "C'est une augmentation sans précédent des moyens des institutions financières", a expliqué Nicolas Sarkozy, qui s'est très peu attardé sur le sujet, préférant détailler à l'infini les mesures sur la régulation. "Sur la relance, on s'est mis d'accord pour que, si la crise devait s'aggraver, on serait prêt à en faire plus".
Par M.P. (avec Reuters)
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