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[CONGOINFOS] - L’organisation des élections a souvent été un facteur de controverses un peu partout en Afrique. Et l’opposition a, maintes fois, tendance à accuser le pouvoir organisateur, si celui-ci n’est pas effectivement neutre, d’orchestrer la fraude par le tripatouillage des listes électorales, par le bourrage des urnes ou par le trafic des résultats. Beaucoup de partis de l’opposition ont boycotté des élections et d’autres sont en passe de le faire. Est-ce cette stratégie la bonne ou pas ?
En effet, l’impression qui se dégage est comme si les Africains ne se sont pas approprié la démocratie car le baromètre pour mesurer celle-ci sont soit la continuité avec limitation de mandats soit l’alternance démocratique à travers des élections libres et transparentes. D’autre part, on a également l’impression que les Africains ne l’ont pas encore maîtrisée dans le sens que, jusqu’à présent, bon nombre de pays n’arrivent pas à mettre en place une structure autonome et indépendante capable d’organiser régulièrement les élections sans interférence du pouvoir ni contestation de l’opposition.
Ne faisant pas confiance aux administrations ayant dans leurs attributions les affaires électorales, il a été mis en place des commissions électorales dites souvent « indépendantes » pour garantir la transparence des scrutins , mais celles-ci aussi font l’objet de controverses. Près de 20 ans après la chute du Mur de Berlin et des conférences nationales, la démocratie a du mal à s’imposer en Afrique. Ceux qui, hier malgré eux, avaient accepté de faire le jeu de la démocratie, se sont, aujourd’hui, rendus compte qu’elle n’était pas à leur convenance. Carrément, ils ont repris leurs vieux réflexes dictatoriaux pour conserver le plus longtemps possible le pouvoir en multipliant des artifices constitutionnels.
Et bon nombre de Chefs d’État africains, dont la longévité au pouvoir va de 10 à plus de 40 ans, ne sont pas prêts à quitter le pouvoir par les urnes. Chose impensable, ils tiennent à mourir au pouvoir. En effet, la tenue des élections n’est qu’une formalité pour éviter de se mettre au ban de la communauté internationale. Même cette éventualité n’est que secret de polichinelle car ces vrais faux démocrates sont vite félicités par ceux-là même qui font de l’enracinement de la démocratie une condition pour bénéficier de la largesse de la communauté internationale. L’intérêt économique oblige !
Les élections se suivent en Afrique, cela démontre la vitalité démocratique et paradoxalement la démocratie n’en sort pas agrandie ; au contraire des voix s’élèvent de plus en plus haut pour fustiger le recul et le viol de la démocratie. Parmi cette catégorie figurent certains partis de l’opposition ayant pignon sur rue et qui, pour ne pas prêter le flanc à la parodie et à la mascarade électorales, préfèrent boycotter lesdites élections. C’est le cas de l’opposition sénégalaise lors des législatives passées et de celle de l’opposition algérienne lors de la récente élection présidentielle. Et ces deux cas n’ont pas servi l’opposition.
D’autres élections pointent à l’horizon dans les mois qui suivent, entre autres, au Congo Brazzaville et en Mauritanie. Et les grands partis de l’opposition ne sont pas prêts à y aller. Ils adoptent la même posture, celle du boycott des scrutins. Malgré cela, les présidents, élus par défaut, ne sont pas moins légitimes : ils sont vite félicités par leurs pairs de l’Occident. Et dans le bras de fer qui s’en suit, le peuple ne gagne rien sinon le carnage dont ils sont victimes lorsqu’ils descendent dans la rue pour revendiquer leur droit volé ou violé. Face à ce cercle vicieux, l’on se demande si ces boycotts, érigés en stratégie ou stratagème politique, sont payants à la longue ? De prime abord, on répondra par la négative car ils n’apportent rien de plus si ce n’est le maintien de ces autocrates au pouvoir. Et les revendications de la rue entraînent souvent un lot de bains du sang. Pas plus exceptés quelques rares cas qui ont apporté des changements.
Mais que faire ? Faut-il baisser les bras ou changer de stratégies ? C’est là que demeure la sortie de la crise. Il est impératif que les partis de l’opposition puissent adopter de nouvelles stratégies qui se départiraient de la politique de la chaise vide sans se compromettre et qui bloqueraient le boulevard aux faux démocrates à gagner par défaut faute d’adversaires. Dans ce dessein, ces partis doivent arrêter des stratégies dans le sens de la durée et non à court terme pour resserrer l’étau sur la machine à tricher. Comme le dit un dicton chinois : « on n’éteint pas l’incendie avec une eau lointaine » et ce n’est pas par les boycotts qu’on mettra fin aux velléités des monarques autoproclamés africains qui veulent mourir au pouvoir. Les cas des présidents Gbagbo et Wade peuvent les inspirer, quoique’ils se retrouvent aujourd’hui dans le club tristement célèbre de ceux qui n’honorent pas la démocratie en Afrique.
Ces deux leaders ont longtemps bataillé avec des régimes forts qui refusaient l’alternance démocratique. Le temps a fini à avoir raison et les opposants d’hier ont pu s’asseoir au pouvoir. Pour dire que les partis politiques de l’opposition doivent s’impliquer continuellement au processus pour arriver à réduire la marge de manœuvre de la machine à fraude électorale et pousser les présidents qui s’arc-boutent au pouvoir à jouer franc-jeu.
Par contre, si les partis politiques de l’opposition de la Mauritanie et du Congo Brazzaville s’accrochent à la logique de boycott, ils feront le lit du général Abdelaziz et du président Denis Sassou Nguesso. Pour cela, des challengers de substitution ne manquent pas et ils serviront de faire-valoir pour accompagner les candidats du pouvoir en place à leur plébiscite. Et à moins de deux mois, le temps joue sans nul doute en leur défaveur car les autres sont déjà en campagne. Même s’il ne faut pas y aller n’importe comment, il est tout à fait possible de s’entourer de certaines mesures susceptibles de réduire la tricherie et la fraude. Et cela est possible avec l’implication des observateurs internationaux.
Certes, la démocratie a encore une longue route à faire en Afrique et c’est par la lutte, politique bien sûr, que les Africains s’en imposeront et non par des boycotts. Même de vieilles démocraties occidentales ont connu des passages à vide avec des régimes dictatoriaux comme ceux d’Hitler, Mussolini, Salazar etc. Comme le dit l’adage : « Vox populi, vox Dei », seuls ceux qui sont du bon côté c’est-à-dire celui du peuple triompheront en fin de compte. Si l’Europe s’était débarrassée de ces potentats, l’Afrique est également capable de le faire. Malgré les entraves à la démocratie, les partis de l’opposition doivent prouver qu’ils sont capables d’une alternative susceptible de remettre leurs pays dans la voie de la modernité, du progrès, d’un État de droit et non de les garder constamment dans la misère la plus criante et la plus indicible
Par Herman Bangi Bayo