Espace d'échange de la diaspora congolaise.
Les citoyens congolais sont appelés aux urnes pour des élections présidentielles, dans des conditions politiques, constitutionnelles et réglementaires qui annihilent toute possibilité de succession au pouvoir anti- démocratique de Sassou Nguesso.
Les conditions dans lesquelles se dérouleront ces élections n’apporteront aucune nouveauté palpable, malgré le tapage médiatique orchestré par les autorités congolaises soutenues par des partis politiques inféodés. Ces partis politiques qui ont contracté leur devenir en s’alliant avec des institutions qui prêchent l’asservissement et la corruption des élites, en vue de dompter la véritable opposition.
De toute façon personne ne doute que les élections seraient falsifiées et non démocratiques comme les précédentes (Présidentielle de 2002 et élections législatives de 2007), et ce pour les raisons suivantes :
La persistance de l’impunité pour crimes économiques, politiques et atteintes graves à la dignité et aux droits humains ;
L’accaparement par le seul ministère de l’Intérieur des pouvoirs de préparation, de supervision et de l’annonce des résultats des élections. Ce ministère connu par tous, comme instance partiale, impliquée dans tous les truquages électoraux ;
La connivence entre le pouvoir et les partis politiques représentés au parlement en vue d’intimider et terroriser les forces appelant au boycott, aux dépens de la liberté d’opinion et d’expression ;
L’asservissement du secteur audiovisuel en faveur de la pensée unique en bafouant le droit des forces de l’opposition crédible d’exprimer leur point de vue et d’exposer leurs positions au peuple congolais ;
Mais, le plus important reste « le putsch constitutionnel » de 2009 qui va donner à l’actuel président ce qu’il exige : l’impunité, la présidence à vie et le droit de déposséder les traîtres à sa personne de leur nationalité en les condamnant à jamais à l’exil.
La stratégie du boycott
Le boycott ! Une démarche qui soulève bien des questions : pour qui ou contre qui ? Par qui et pourquoi ? Avec quels effets et quels résultats ? Pour quel avenir ? Le quasi-silence est en lui-même interpellant car les effets du boycott sont redoutables. Aujourd’hui mode d’action marginal il constitue pourtant une véritable menace pour les institutions. Un boycott est nécessaire pour commencer la clarification politique et s’opposer à la désorientation créée par la défaillance de certains partis (opposition modérée). Travailleurs, étudiants et intellectuels qui bouillonnent de colère devant le résultat des dernières élections législatives ne doivent pas être laissés dans l’isolement, ou pire, être acculés à contribuer à faire élire une autre fois la même personne. Une politique active est nécessaire, comprenant l’organisation de réunions pour promouvoir le boycott, de manifestations et de grèves.
Pourquoi le boycott est-il la réponse politique adéquate et nécessaire pour les élections de 2009 ? Parce que le boycott enlèvera toute crédibilité à cette escroquerie électorale et sera un moyen de traduire le mécontentement de masse en une authentique action politique
Mais, le boycott ne s’arrêterait pas à cette simple déclaration. Il faudrait accompagner cette déclaration par une action sur le terrain visant à discréditer la tenue de ces élections sur toute l’étendue du territoire. Il faut une politique active, prenant la forme d’un boycott organisé, pour unifier la classe politique et pour ouvrir un nouveau chemin de lutte qui contribuera à construire un mouvement de masse, authentiquement indépendant.
D’une seule voix, l’opposition congolaise doit se lever et annoncer au régime son intention de boycotter l’élection et de ne pas participer à aucune nouvelle élection au Congo tant que le système n’est pas réformé.
Bref, l’on ne peut combattre un système illégal comme celui de Sassou Nguesso par la légalité. A cette illégalité, il faut nécessairement opposer une action républicaine et citoyenne alternative. C’est la seule manière d’en finir.
Cela veut donc dire que si l’opposition fait une contre campagne dans les régions, campagnes et villages en demandant aux sympathisants non seulement de ne pas voter, mais aussi de convaincre leurs proches de ne pas aller voter, alors il va sans dire qu’il n’y aura pas d’élections crédibles au Congo. Une opposition unie pourrait ainsi bloquer et empêcher effectivement la tenue des élections sur toute l’étendue du territoire.
Le principe d’une telle action est simple, mais efficace. Car, même si l’opposition n’est en mesure de convaincre qu’une partie de la population de chaque région, ce sera largement suffisant pour bloquer et immobiliser le pays car les élections seraient, de ce fait même, compromises. Confronté à une situation lui échappant, Sassou Nguesso serait alors obligé de négocier les réformes exigées par l’opposition, car l’opposition serait alors en position de force pour lui imposer ces réformes et le rendre impuissant. Et avec un certain doigté, il n’est pas exclu que si notre Président s’entête dans une situation de pression aussi forte, son régime finira par s’écrouler.
Le rôle de l’opposition
Que veut donc l’opposition congolaise ? Faire des " Ministres manioc" ou gagner les élections ? Quand on regarde le silence de notre opposition aujourd’hui, incapable de revendiquer ce que Sassou Nguesso revendiquait au Président Lissouba en 1997 et ce dans la même situation, on se rend compte que c’est une opposition non seulement alimentaire, mais également une opposition qui ne sait pas ce qu’elle veut.
Elle semble même ne pas vouloir gagner les élections !!! Il me semble, que la meilleure manière de perdre une élection consiste à faire exactement comme l’opposition congolaise est en train de faire en ce moment : c’est-à-dire, accepter l’offre de Sassou Nguesso et légitimer la fraude par la participation à des élections de mascarade.
Par contre, l’opposition congolaise, si elle choisit de boycotter massivement les élections, elle pourrait discréditer et affaiblir considérablement le régime.
Or, accepter l’invitation de Sassou Nguesso et participer aux élections de 2009 ne pourra assurer à l’opposition que des miettes. En d’autres termes, le régime ne pourra pas récompenser tous les partis politiques en leur offrant des portes feuilles ministériels ou autres dans un régime déjà saturé, un régime où on ne sait plus à qui donner quel poste, un régime dans lequel il est obligé de créer des « postes- garage » pour récompenser quelques complices. Participer aux élections, c’est donc assurer l’échec de l’opposition dans un contexte où cette opposition, minoritaire au Parlement, ne pourrait, d’une part, aucunement influer sur l’avenir du pays, et d’autre part, serait condamnée à végéter pendant les 7 prochaines années. Par contre, une victoire de l’opposition dans un système réformé assure à l’opposition toute entière de pouvoir bénéficier de la victoire. Par ailleurs, à quoi sert une opposition minoritaire dans un gouvernement d’union national qu’envisage Sassou Nguesso ? A rien du tout. Ils ne feront rien pour le peuple. Les ministres de l’opposition se contenteront ainsi d’être de simples "ministres manioc", sans plus. Si l’opposition participe aux prochaines élections, c’est qu’elle ne veut point gagner. Elle se contentera de faire gagner le régime de Sassou Nguesso dans l’espoir d’en tirer des bénéfices personnels aux dépens d’une réelle aspiration du peuple au changement.
L’opposition congolaise n’a pourtant rien à perdre. Au contraire, si les élections se tiennent dans un contexte réformé, l’opposition congolaise, aura de meilleures chances de faire élire son candidat.
Participer aux élections présidentielles de 2009, en somme, c’est condamner le pays à 7 ans de plus de Sassouïsme effréné et dégradant, et l’opposition à la végétation totale. Or, je suis convaincu que le peuple congolais ne supportera plus cette situation.
Le pays en arrive donc à un point où, si on ne le laisse pas souffler quelques années par un délestage politique, il éclatera dans des violences dont l’issue serait imprévisible.
Enfin, il faut saluer tous ceux qui ont décidé d’appeler au boycott de ces élections. Ils viennent de montrer le chemin, il faut les soutenir et s’associer à eux à l’ensemble des Congolais qui ne veulent plus de ces insultes à leur dignité et à leur intelligence.
Wallys KIMBATSA
Moustique