Espace d'échange de la diaspora congolaise.
M.Guy-Romain Kinfoussia, président de l'Udr-Mwinda (le parti du défunt André Milongo), président de l'Anr (une alliance de l'opposition) et candidat à l'élection présidentielle a répondu aux questions de François Bikindou dans le cadre de son émission " Diaspora", diffusée le 8 juillet.
Ce colonel à la retraite de l'armée ne pratique pas la langue de bois. Interrogé sur les difficultés que rencontre l'opposition d'obtenir l'organisation d'un scrutin libre, transparent et apaisé dans le pays, il confie ses doutes quant à l'avenir du Congo, à la veille de la pseudo-élection présidentielle du 12 juillet.
Tout à fait, il y a un exode au niveau de Brazzaville et même de Pointe-Noire, Dolisie pour aller dans des zones plus sûres, à l’intérieur. C’est le fait que M. Sassou s’arc-boute...
Dans ces conditions, quelle serait la marge de manœuvre de l’opposition ?
La marge de manœuvre ? Elle repose sur la mobilisation populaire, c’est tout ! (…) Imaginez un bureau de vote où il n’y a personne, il n’y a pas vote !
Vous avez entrepris une démarche en direction du ministère en charge de l’organisation de cette élection ?
Nous voulons démontrer à l’opinion nationale et internationale que nous sommes décidés à aller à une élection apaisée, que s’il y a des problèmes ce n’est pas de notre fait : nous voulons seulement que les standards en la matière soient appliqués (…) Si M. Sassou s’arc-boute finalement c’est lui qui ne veut pas et si on fait la démonstration que la majorité des candidats conteste cette élection ce ne sera plus une affaire de Front, ce ne sera plus une affaire des partis politiques ce sera l’affaire des premiers concernés qui sont les candidats.
Avez-vous pu rencontrer une oreille attentive auprès du ministère en charge des élections ?
Nous sommes dans une dictature ! Seul M. Sassou est apte à prendre des décisions. Tout le reste, ce sont des chiens couchants qui obéissent au maître. Alors les oreilles attentives… Personne ne peut prendre d’initiative ! Aucune initiative ne peut être prise par aucun ministre ! Ça, c’est la réalité du pouvoir de Brazzaville. C’est M. Sassou ! C’est un sultan ce monsieur ! Il est dans son sultanat et c’est lui qui donne les ordres. Les autres sont des passerelles pour que les messages lui parviennent mais, en dernier ressort, c’est lui qui décide (…) Un seul homme arc-bouté n’entend plus raison alors que les faits sont avérés. L’Union européenne ne vient pas, l’Union africaine ne vient pas, il n'y a aucun d’observateur, vous trouvez ça normal ? Nous sommes abandonnés à nous-mêmes pour nous battre sur le terrain, avec quels moyens ? Les seuls militants qu’on a. Des populations qui risquent d’être prises en otage c’est pourquoi il y a la peur dans la population. Quand on voit toute cette exhibition d’armes, quand on voit tous ces militaires qui sont déployés, les populations, qui sont échaudés, se disent : ça va certainement encore cailler, et les gens s’en vont !
Vous, en tant que militaire, en tant qu’ancien colonel, quelle appréciation faites-vous de cette situation, de ces militaires qui sont déployés et qui vont, semble-t-il, sécuriser le déroulement de cette élection ?
Le but de ce déploiement n’est pas de sécuriser l’élection. C’est l’intimidation pure et simple. L’armée qui est déployée n’est pas la vraie armée, ce sont les milices de M. Sassou stationnées à Tchambitcho, plus des mercenaire visibles. Si vous savez le nombre d’individus à peau blanche qui sont actuellement à Brazzaville, logés dans des hôtels dont on sait, par la coupe de leurs cheveux que ce ne sont pas des bouchers, mais des gens dont la profession est les armes, on comprend qu’il y a une préparation militaire qui se fait sous le prétexte d’assurer la sécurité. Moi, je suis militaire je sais comment ça fonctionne ; j’ai encore quelques entrées dans l’armée et le haut commandement n’est pas associé dans ce déploiement.
Est-ce qu’aujourd’hui les leaders de l’opposition ne craignent pas pour leur vie ?
Si bien sûr. On nous a affecté quinze militaires à chacun au motif que c’était pour nous sécuriser, mais j’ai bien peur que nous soyons pris en otage demain.
Vous avez quelque appréhension ?
Bien sûr, nous ne sommes pas des bêtes de somme mais des individus, des hommes avec du sang qui circule dans les veines, donc ayant les mêmes sensations que vous...
On vous sent un peu angoissé quant à l’avenir...
L’avenir est sombre, il n y a aucune visibilité. Je peux vous dire qu’à l’horizon du 12 juillet, je ne sais pas ce qui se passera le 12. Nous sommes à 6 jours du 12, je ne sais pas trop qu’est ce qui va se passer...
Vous redoutez donc le pire alors !
Ah ! probablement M. Sassou est dans une logique guerrière. Il entend en découdre avec le premier qui lui barrera la route. Il cherche tous les prétextes. Vous avez de la chance aujourd’hui de m’avoir au téléphone mais il était prévu qu’aujourd’hui tous les opérateurs téléphoniques ferment boutique pour qu’il n y ait plus une seule communication dans le pays. Voilà vers quoi il s’était préparé pour aujourd’hui. On a dû faire certainement un report parce que ça a été ébruité et c’est pour ça que vous pouvez m’avoir aujourd’hui. Mais si demain vous n’arrivez pas à avoir Brazza, n’ayez aucune crainte pour penser que c’est volontairement. M. Sassou va couper le pays du reste du monde pour être dans une logique pas vu pas pris, silence radio... Ce n’est pas des comportements d’apaisement (…). On veut endiguer tout le peuple dans un canevas pour élire M. Sassou dès le premier tour (...)
Il semblerait que les populations soient en train de partir…