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La mort d'un journaliste franco-congolais jugée suspecte par RSF

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre.La mort en février dernier du journaliste franco-congolais Bruno Jacquet Ossébi, qui voulait s'associer à une plainte visant des biens détenus en France par le président de son pays Denis Sassou Nguesso, est jugée suspecte par Reporters sans frontières (RSF).

L'organisation basée à Paris et son partenaire au Congo-Brazzaville, Journaliste en danger, ont publié un rapport sur cette affaire dans lequel ils assurent avoir obtenu des documents inédits lors d'une mission effectuée sur place en mai. Les deux organisations invitent le gouvernement français à ouvrir une instruction judiciaire en France. Le journaliste est mort dans la nuit du 1er au 2 février à l'hôpital militaire de Brazzaville où il avait été admis douze jours plus tôt, après un incendie survenu à son domicile, dans lequel ont péri sa compagne et les deux enfants de celle-ci.

Le 3 juillet, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, constatait les "réticences" des autorités congolaises à rendre publics les résultats des enquêtes. En avril, un premier rapport du CPJ soulignait "les circonstances nébuleuses" de la mort de Bruno Jacquet Ossébi.

Le drame s'est joué en deux temps : le 20 janvier, un incendie surprend Bruno Jacquet Ossébi à son domicile. Tandis que sa compagne et les deux enfants de cette dernière périssaient dans les flammes, le journaliste était brûlé au deuxième degré. Hospitalisé, il donnait des signes de rétablissement lorsque, le 2 février, à la veille de son rapatriement en France organisé par le Quai d'Orsay, il est mort subitement.

Trois jours avant l'incendie, Bruno Jacquet Ossébi avait publié dans le journal en ligne MwindaPress un article révélant que la société pétrolière nationale, dirigée par l'un des fils du président Denis Sassou-Nguesso, sollicitait d'une banque française un prêt de 100 millions de dollars gagé sur la production d'or noir. Il l'accusait d'organiser un "endettement de façade" en contradiction avec les engagements pris par le Congo auprès du Fonds monétaire international. Deux jours avant le sinistre, le journaliste avait pris contact avec le Comité pour le recouvrement des biens volés de la Banque mondiale. Quelques semaines plus tôt, il avait manifesté l'intention de se joindre à la plainte déposée contre les "biens mal acquis".

Le fait que les décombres de la maison incendiée du journaliste ait été déblayés quelques heures après l'incendie et qu'il n'y ait eu "ni enquête sérieuse ni autopsie", selon RSF, alimente les interrogations. La cause officielle de son décès - "arrêt cardio-respiratoire" - ne mentionne pas les brûlures dont il souffrait.

Selon RSF, Bruno Jacquet Ossébi projetait de s'associer à la procédure conduite en France sur les biens détenus en France par les présidents de trois pays africains producteurs de pétrole, dont Denis Sassou Nguesso. En mai, une juge a ordonné d'instruire la plainte déposée en décembre par l'ONG anticorruption Transparency International contre les présidents du Congo, du Gabon et de Guinée équatoriale pour "recel de détournement de fonds publics". Le parquet a fait appel et la décision est suspendue.

 Le rapport de RSF apporte de nouveaux éléments de contexte

Le rapport de RSF apporte de nouveaux éléments de contexte. Bruno Jacquet Ossébi, apparenté à plusieurs barons du régime congolais, était un homme d'affaires (dans les secteurs du bâtiment et des services) et aussi un journaliste-blogueur dénonçant "la délinquance financière du système". Plusieurs fois menacé mais né d'un couple mixte franco-congolais, il pensait être protégé par sa nationalité française. Constatant l'inertie des enquêteurs congolais, RSF demande à Paris d'ouvrir une instruction pour expliquer les causes de sa mort.

L'affaire s'inscrit dans une série d'intimidations brandies par plusieurs pays africains à l'encontre de militants ou de journalistes engagés dans la dénonciation de la corruption. Au Gabon, trois militants, dont le signataire de la plainte déposée en France contre les "biens mal acquis" (BMA), ont été inculpés et incarcérés pendant douze jours, en janvier à Libreville. Au Cameroun, Jean-Bosco Talla, directeur de l'hebdomadaire Germinal est harcelé depuis qu'il a contribué au rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) sur la corruption publié le 24 juin.

La cour d'appel de Paris tranchera à la rentrée. Recensés par la police, les 24 propriétés et 112 comptes bancaires de la famille Sassou Nguesso risquent en théorie d'être saisis, même si cette perspective est hypothétique. Me William Bourdon, avocat des plaignants en France, a expliqué à Reuters en avril que deux Congolais avaient renoncé à s'associer à la plainte en disant avoir été menacés. Un autre plaignant gabonais, Grégory Gbwa Mintsa, a été emprisonné dans son pays pendant douze jours en janvier.

RSF ajoute dans son rapport que le jour de l'incendie chez Bruno Jacquet Ossébi, un autre incendie s'est déclaré en France, à Saint-Ay, près d'Orléans, au domicile du Franco-Congolais Benjamin Toungamani, un autre opposant congolais.

Thierry Lévêque, Philippe Bernard et Ghys Fortuné Dombe Bemba (Le Monde, Talassa)

Le Journal Talassa

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