Espace d'échange de la diaspora congolaise.
A observer de près le microcosme socio-politique congolais actuel, on se demanderait si l’on est encore au Congo ? Ce pays qui, depuis la nuit des temps, s’est illustré par sa volonté permanente de changement, sa soif de liberté qui ont fait sa réputation pendant de longues années et inspiré nombre de pays de par l’Afrique.
Le Congo en effet a prouvé au monde entier sa version pour les marchands de rêves de tous bords.
Ainsi, au XIXe siècle les Congolais, malgré leurs moyens de défense très rudimentaires à l’époque avaient infligé des défaites successives à la conquête coloniale. De même, bien avant ces exploits, le combat et le courage de Dona Beja, dit TCHIMPA VITA contre l’invasion coloniale traduisent à suffisance l’enracinement de l’appétit viscéral qu’ont les congolais pour le changement et la liberté.
Plus près de nous encore, depuis l’indépendance du Congo, proclamée le 15 août 1960, l’histoire du pays est émaillée d’une succession de changements de ruptures, voire de bouleversements. En août 1963 par exemple le premier président de la république du Congo l’abbé Fulbert Youlou, jugé trop inféodé à l’ancienne puissance coloniale sera contraint de démissionner. Accuser d’avoir «tout volé» (slogan de l’époque), et acculé par la pression des forces vives du pays (syndicats, jeunesse, travailleurs, enseignants, ouvriers …) mobilisées autour de la grève qui avait paralyser la capitale, Brazzaville, et poussé le président Fulbert Youlou, à présenter sa démission.
Le 31 juillet 1968, le capitaine Marien Ngouabi prend la tête d’un mouvement de contestation du pouvoir en place et de remise en question du socialisme bantou prôné par le président Alphonse Massamba-Débat et son premier ministre, Pascal Lissouba. De sorte que, pour ces révolutionnaires (comme ils s’appelaient), le socialisme bantou, ainsi que la ligne politique du président Alphonse Massamba-Débat étaient trop à droite. Il fallait, selon eux, les «réajuster» et c’est ce «mouvement de réajustement» qui allait contraindre le président Massamba-Débat à la démission, et mettre fin à son mandat.
Le triomphe de ce mouvement dit «d’ajustement structurel» consacrait ainsi l’accession à la magistrature suprême du jeune capitaine Marien Ngouabi qui deviendra par la suite Commandant. De même, ce mouvement instaurait le «socialisme scientifique» comme ligne idéologique du pays. Le Congo, premier pays «socialiste» d’Afrique noire faisait ainsi honneur et fierté aux «révolutionnaires» de l’époque, dont certains sont encore dans les hautes sphères politiques du pays.
Le 18 mars 1977, le président Marien Ngouabi est assassiné. Une des versions de ce macabre assassinat était que ses amis politiques ont retourné leur veste dès lors qu’ils ont appris que le président Marien Ngouabi voulait partager le pouvoir avec son prédécesseur, Massamba-Débat en lui confiant le poste de Vice-président de la République, chargé des questions économiques.
Avec la mort du président Marien Ngouabi, c’est l’espoir de construction d’une nation en plein cœur d’Afrique, qui s’envole. Mais c’est surtout l’arrivé du Comité Militaire du Parti (CMP) et son président, Joachim Yombi-Opangault, et son «VDA» (vivre durement aujourd’hui pour vivre mieux demain). Quelques mois plus tard, le chantre du (VDA) sera rattrapé à en croire la propagande de l’époque, par son «goût du luxe»; un lit jugé trop luxueux pour un révolutionnaire et hors de prix pour les congolais ordinaire, ainsi que quelques chiens bergers allemands, allaient ainsi précipité la chute du général Joachim Yhombi-Opangault et sa disgrâce. A l’origine, le mouvement du 5 février 1979 et son «homme, Denis Sassou-Nguesso».
En octobre 1990, le président français François Mitterrand, dans son discours de la Baule, l’occasion du sommet France-Afrique, promet une sorte de prime à la démocratisation aux dirigeants africains qui s’engageraient dans la voie du pluralisme politique. Pour le Congo, le discours du président Mitterrand arrivait à point nommé. D’autant que dès septembre 1990, la contestation sociale et syndicale avait déjà commencé à s’amplifier. Personne ne croyait plus aux effets économiques miroités et annoncés du plan quinquennal et, encore moins, à «l’autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000» c’est ainsi que, n’ayant pas de marge de manœuvre, entre la pression diplomatique du fait du discours de la Baule et les manifestations et grèves qui allaient crescendo, Denis Sassou-N’guesso était obligé de convoquer la conférence nationale, réclamée à corps et à cris par le peuple et par les syndicats dont le credo était devenu le changement.
La constitution de mars 1992 était la résultante d’un très large consensus politique et sociale. Et les institutions issus de cette constitution jouissaient d’une légitimité sans précédant dans l’histoire du pays depuis son indépendance. C’est ainsi que, entre 1991 et 1997, les Congolais font l’expérience d’un processus de démocratisation avec ses travers, dans un pays où la famine, la pauvreté et la misère sont autant d’écueils à l’instauration d’une démocratie.
Mais, le 5 juin 1997, une guerre civile, dont les prémisses remontent aux années 1992 et 1993, oppose des milices des différents protagonistes à la compétition politique. Le consensus politique dégagé par la conférence nationale souveraine, selon lequel le pouvoir ne procéderait plus que des urnes et non d’un coup d’état, devait ainsi voler en éclat pour laisser libre cours à la violence politique tous azimuts.
Au regard de ce précède, force est de constater, que le Congolais n’a pas changé la preuve, face à la misère et nombreux maux qui minent ce beau pays malgré son sous-sol très riche, son bois prisé sur le marché international, son fleuve qui le deuxième au monde et autres, le 12 juillet 2009, les Congolais en grande majorité ont prouvé aux yeux du monde qu’ils veulent réellement du changement en allant pas aux urnes.
Le fait est que partout ailleurs, dans le monde et dans le reste de l’Afrique. Les changements de systèmes et de dirigeants politiques s’opèrent en permanence et à une vitesse accélérée. Car, il est des situations où les changements d’hommes sont indispensables. On a vu combien l’arrivée de Barack OBAMA a été un gros bol d’air pour les Etats-Unis, mais aussi pour le monde entier.
Au moment où ceux qui gouvernent le pays arrivent au pouvoir, à la tête de l’Afrique du Sud se trouvait le dernier défenseur de l’apartheid, Peter Botha. Depuis on sait que le pragmatique Frédérick de Klerk a ouvert une voie qui devait conduire Nelson Mandela à la magistrature suprême dès 1994. Un seul mandat lui avait suffit pour rentrer dans l’histoire et placer son pays dans le carré des pays qui ont leur mot à dire sur la scène internationale et sur les grandes décisions qui engagent la marche du monde.
Et, le moins qu’on puisse dire est que le chemin parcouru par l’Afrique du Sud, de Peter Botha à Jacob Zuma aujourd’hui, en passant par Frédérick de Klerk, Nelson Mandela, Thabo Mbeki, relève d’un miracle. En témoigne son rayonnement, sur la scène internationale, qui lui vaut d’organiser, l’année prochaine, la coupe du monde de football.
Plus près de Brazzaville, de l’autre côté du fleuve, 1979 c’était le directeur Maréchal Mobutu qui dictait sa loi et régnait de main de fer. Jamais, sans doute, de son vivant, le Maréchal n’aurait pensé qu’il mourrait un jour.
Pas plus qu’il pouvait, même dans un rêve le plus fou, imaginer qu’il pouvait être évincé du pouvoir et être réduit à l’exil, y compris post-mortem.
Ceci dit, saura-t-il sortir du piège de la «paix» qui lui est servie à longueur de journées pour agiter en réalité l’épouvante de la guerre ? si tel est le cas, alors le secret des urnes a eu toute sa signification avec le taux d’abstention très élevé même au Congo, réputé pour être parmi les champions des scrutins dont les vainqueurs, sont connus d’avance, grâce aux manipulations diverses.
Demain, sans gêne et honte, on nous dira que Denis Sassou N’guesso a été élu. C’est bien, mais le monde entier connaît réellement ce qui s’est passé. Espérant que, Denis Sassou N’guesso qui conduira de nouveau les destinées du pays rectifiera le tir sinon le ciel risquera de s’abattre sur lui. Car, les pleurs des peuples profonds sont parvenus auprès du Tout Puissant.
Wandou et
Ghys Fortuné Dombe Bemba
TALASSA