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Ce vendredi 17 juillet, à treize heures et cinq minutes exactement, lorsque Denis Sassou N'Guesso reçoit en audience Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, l'un de ses rivaux à la présidentielle du 12 juillet, classé deuxième, l'ambiance est détendue. «Ah ! Le concurrent, eh bien, prenez place !», commence le chef de l'État réélu. Puis, à bâtons rompus, les deux hommes amorcent une discussion empreinte de taquineries :
«Pourquoi donnez-vous dans la protestation, alors que le peuple a bien fait son choix ? J'ai parcouru le pays entier, j'ai tenu quarante-deux meetings et vous, avez-vous sillonné les départements ?», poursuit Denis Sassou N'Guesso. «Monsieur le président a d'abord profité de sa fonction de président en exercice pour se lancer dans une précampagne électorale pendant un long mois», fait observer Kignoumbi.
«C'est faux, je suis allé visiter des chantiersexistants et en lancer d'autres, pas pour la campagne», reprend le président élu qui «accule» ensuite son interlocuteur sur le résultat de la présidentielle : «Je vous ai battu à Mossendjo, à plate couture, à Madingou, à plate couture, à Sibiti, à plate couture...». Joseph Kignoumbi Kia Mboungou rétorque, alors : «Moi, j'ai battu le président à Oyo, à Ollombo, à Boundji et à Makoua..». Rires...
Au final, une heure d'entretien en présence de Firmin Ayessa, entre le président élu et celui qui le talonne depuis l'élection présidentielle de 2002. À deux reprises donc, la chance n'a souri à Joseph Kignoumbi Kia Mboungou que pour occuper une honorable deuxième place, contrariée il est vrai par le suffrage universel. Il aurait atteint les 15 % de suffrages exigés par la Constitution, ce candidat indépendant issu des rangs de l'Union panafricaine pour la démocratie sociale occuperait dans l'arène nationale un statut enviable. Mais autant dire que sa position actuelle n'est pas rien s'il s'inscrit en politique pour le futur.
Ce qui est certain, c'est qu'avec le score qu'il a réalisé en 2009, ce partisan de l'apaisement, qui ne manque pas pourtant de dire haut et fort ce qu'il pense lorsqu'il exerce son mandat de député à l'Assemblée nationale, sera de plus en plus difficile à gérer par son parti quatre fois fractionné. Sa vision de la chose politique est, en effet, très différente de celle de ses amis qui l'avaient « ridiculisé » en 2002 en l'excluant du parti au motif qu'il s'était porté candidat sans l'avis de celui-ci. En 2009, lorsque les mêmes amis lui ont refusé le visa pour la présidentielle du 12 juillet, il a vite fait de voler de ses propres ailes. Kignoumbi tisse sa toile seul. Peut-être est-il pris pour un «traître» par sa famille politique, mais peut-être lui-même pense que l'intérêt supérieur du pays vaut plus que les luttes intestines pour le leadership.
Joseph Kignoumbi Kia Mboungou est-il prêt à accepter un poste ministériel dans l'équipe que mettra en place le président élu ? Nul ne le sait.
Gankama N'Siah
Les Dépeches de Brazzaville