Pourquoi Sassou Nguesso est-il devenu l'homme le plus monstrueux aux yeux de certains congolais ? Pour tenter de répondre à cette question, je vais essayer de partir des faits et de deux déclarations faites par ce monsieur au cours de deux événements de l'histoire politique de notre pays.
En 1992, après la mascarade opération de lavage de mains pour la paix des cœurs et des esprits, nous faisait-on croire, Sassou Nguesso avait dit ceci lors d'une interview radiodiffusée " tout le monde parle de démocratie, démocratie, démocratie. Mais la démocratie commence d'abord dans la tête!". Pour ceux qui s'en souviennent, ils pourront apporter des informations complémentaires s'il le faut.
En 1998, lors de la fameuse concertation "exclusive" qui avait consacré la loi fondamentale qui lui permis de diriger le pays avec une assemblée acquise à sa cause ; lorsque certains hommes politiques dits de l'opposition lui demandaient de mettre en place une concertation "inclusive", devant associer aussi les exilés et partisans du régime déchu, Nguesso avait dit ceci "les gens réclament des choses, c'est bien. Mais ils oublient qu'il y a eu une guerre!".
Ces deux exemples m'amènent à ces deux conclusions : sur la démocratie, Nguesso n'avait pas de penchant pour ce système puisqu'il n'était pas encore prêt dans sa tête. Sur ce point là, il n'est certainement pas le seul. Il y a beaucoup de nos compatriotes qui parlent de démocratie et qui n'ont pas un comportement digne d'un démocrate. Les exemples sont nombreux et je laisse le soin à chacun de les dénicher.
Sur le deuxième point, en effet, ceux qui lui réclamaient une concertation "inclusive" avaient certainement oublié qu'il avait fait la guerre et qu'il l'avait gagnée. Et c'est le vainqueur qui redéfinit les règles du jeu politique. Ce principe est vrai aussi bien dans le cas d'une guerre civile que d'une guerre gagnée contre un autre pays. Ça c'est l'histoire politique de l'humanité qui nous l'enseigne.
Ce qui me conduit de dire ceci : vous avez un homme qui n'est pas prêt dans sa tête avec les valeurs de démocratie pluraliste ; vous avez un homme qui, fort de cette conviction, a mené la guerre en 1997 pour mettre fin à cette parodie de démocratie, selon son schéma intellectuel ; enfin vous avez un homme qui annule la constitution de 1992 en la remplaçant par celle qui lui consacre tous les pouvoirs (au passage il faut souligner que même sa propre constitution il ne la respecte pas) ; un homme en fait qui n'aime pas les règles, les lois qui viennent contredire son autorité ; pensez-vous vraiment qu'un tel personnage dont certains vouent un véritable culte, est capable de se renier lui-même ?
Pendant que le vainqueur de la guerre de 1997 met en œœuvre sa stratégie hégémonique, les autres auraient pu mener d'autres stratégies pour essayer de le contrecarrer ou tout au moins de l'amener à la raison. Cette stratégie est celle que j'appelle du refus de la soumission. Au lieu de cela, nombreux sont ceux qui sont allés siégés dans cette espèce d'assemblée noire mise en place par Nguesso lui-même, parce qu'ils avaient peur de mourir de faim. Le résultat de toute cette foutaise intellectuelle est qu'on donne à Nguesso le soin de renforcer son assise politique, son autorité et finalement de se braquer contre toute autre initiative qui s'oppose à ses visées. Il organise sans discontinuité des élections barbares dont l'élection présidentielle du 12 juillet 2009 est le point culminent, il fait ce qu'il veut, et les congolais n'ont que leurs yeux pour pleurer.
Dans un précédent article, je vilipendais les élites africaines comme elikia mbokolo et théophile obenga pour leurs écrits respectifs en faveur de bongo et Nguesso. Pour ceux qui ne l'avaient pas lu, ils peuvent le retrouver sur ce site sous le titre "congolais, des peuplades abusées et avilies".
Pourquoi je m'indigne devant cette attitude des certaines élites africaines? Pour une raison simple. Je crois personnellement que ceux qui apporteront la lumière au continent noir ce sont ceux qui ont eu accès au savoir construit, à la rationalité, bref ceux qui ont fait des études supérieures. Mais, lorsque ces derniers deviennent de caisses de résonances qui vibrent pour faire la promotion de la flétrissure au détriment de la morale et de la raison, je dis que ces gens là participent dangereusement à l'abaissement de l'Afrique noire. La compromission de certaines élites noires dans ce processus de démembrement mental et des territoires, est lourde de conséquences dans l'émergence des états de droit, en ce sens que l'encouragement des comportements irresponsables est un véritable frein au progrès.
Pour le cas du Congo, les choses sont ahurissantes. Un seul homme et sa clientèle décident d'offrir à leurs compatriotes un modèle de société fondé sur l'impunité, le non droit, la corruption, l'achat des consciences, la destruction de l'école, le meilleur endroit où on apprend à se forger une vraie personnalité… les congolais se sont tellement habitués à cela qu'ils en ont pris goût. Tout le monde est devenu adepte des théories machiavéliques en oubliant que si le bateau Congo sombre, il sombrera contre tous. Il est grand temps de sortir de l'irrationalité, de l'irresponsabilité et des fantasmes indignes qui ne feront que retarder l'émancipation des congolais.
Cette émancipation qui est fondamentale passe par une volonté farouche de refuser l'obscurantisme, de barrer la route aux instincts ethnocentriques dès lors que les intérêts vitaux de toute une nation sont menacés. Il ne faut pas oublier que ceux qui nous ont construit une telle société fondée sur le clientélisme, l'injustice et l'impunité, ne seront pas toujours là aux côtés des suiveurs aveugles le jour où les populations congolaises prendront en main leur destin. Avant de combattre l'ennemi, il faut comprendre comment il fonctionne. Tous ceux qui se sont agités pour devenir candidats accompagnateurs de Nguesso dans sa mascarade devront disparaître de la scène politique nationale.
Ils ont trahi tous les congolais. Au lieu de se précipiter à se déclarer candidats, ils auraient dû exiger au préalable des conditions équitables d'organisation de l'élection présidentielle. Les mêmes personnes, qui ont empoché des millions de francs CFA des mains de Nguesso en tant que candidats, sont revenus nous dire qu'ils ne pouvaient plus aller à l'élection parce que les conditions d'organisation d'une élection libre et équitable n’étaient pas remplies. Quelle ignominie ? Quelle traitrise ? Quelle trahison ? Ces gens ont-ils conscience des actes qu'ils posent ? Si demain Nguesso les assigne pour haute trahison devant ses tribunaux, auront-ils les moyens de s'en échapper ? Eux qui ont utilisé l'argent du Congo pour faire valoir leurs candidatures et qui se rebiffent pour une fois de plus faire croire au monde entier qu'ils sont du côté des populations. Quelle parjure ?
Mes chers compatriotes, plutôt que de continuer de faire du théâtre politique sur toutes les places du monde, il est temps de s'asseoir, de réfléchir, de proposer, d'accompagner et d'imaginer une société plus juste où tous les enfants auront les mêmes chances de réussir (selon leurs capacités bien sûr). L’avènement d'une telle société ne peut se faire avec de gens rouillés, opportunistes ne pensant qu'à eux. Il faut ouvrir une nouvelle page de l'histoire de notre pays, sans passion ni préjugés. De ce qui reste d'intellectuels, voilà ce que j'en appelle de tous mes vœux.
Rassemblons-nous, travaillons et proposons un modèle de société digne de ce nom, soutenons-le ensuite. Assez de paroles sans contenu, assez de promesses vagues jamais tenues, assez de mensonges. Évitons de ruiner l'avenir de notre beau pays. Des exemples prometteurs sont visibles sur le continent : le Ghana, le Rwanda, le mali, le bénin, pour ne citer que ceux-là où les fondations démocratiques sont érigées, où l'amélioration des conditions de vie des populations sont palpables, où le progrès socioéconomique est mis en chantier (au Rwanda par exemple). Et pourtant ces pays n'ont pas les immenses richesses du Congo Brazzaville. Le Congo est un pays où les gens n'ont pas encore réussi à mieux se nourrir et se soigner ; où le niveau d'éducation est le moins en vu aujourd'hui en Afrique ; où l'eau potable et l'électricité demeurent un luxe, au même titre que la démocratie ; bref, où les bases d'une industrialisation sont absentes, etc.
Et pourtant le Congo est riche, très riche. Est-ce une fatalité d'avoir des richesses naturelles?
Que vive le Congo, dans l'unité et la prospérité. Les hommes passent, le Congo restera…