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Espace d'échange de la diaspora congolaise.

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District de Hinda : Les chefs des villages accusés de « vendre » les emplois aux jeunes

Aujourd’hui, pas facile pour les jeunes de la sous-préfecture de Hinda d’accéder aux emplois proposés par différentes entreprises. C’est en tout cas ce qu’affirment certains ressortissants des 31 villages de Hinda. Pour être recruté, disent-ils, il faut au préalable payer une forte somme au président du village. Conséquence, beaucoup de jeunes du district sont actuellement au chômage au profit des non natifs de la contrée. Comme si les emplois de la « Nouvelle espérance » ou du « Chemin d’Avenir » en question étaient à vendre !

Selon de nombreux jeunes rencontrés à Pointe-Noire, les chefs des villages de Hinda ont ce rare privilège de faire des propositions aux responsables des entreprises qui s’implantent dans la sous-préfecture. Ce, conformément au « cahier de charges » soumis à ces sociétés. Parmi ces entreprises, il y a « Caroïl » (société d’exploration de pétrole), « Somac » (une société de gardiennage), « Socotrans » (entreprise des bâtiments et travaux publics), ainsi que des sociétés de catering (ces sociétés assurent le service traiteur).

L’un de ces jeunes travaille dans une société d’exploration de pétrole, dans le village de Mboubissi en amant du fleuve Loemé, non loin de la frontière avec le Cabinda (Angola). Le monsieur est homme de pont ou manœuvre et gagne par « marée » (mission d’exploration d’une durée de deux semaines environ) plus de 200.000 francs Cfa. Lui qui a requis l’anonymat déclare être venu « d’ailleurs », c’est-à-dire qu’il n’est pas originaire de Hinda (Ndlr). Il affirme également que son emploi a été acheté auprès du chef d’un village. « Le coût de la transaction a été de 150.000 francs Cfa », explique le jeune homme. Ainsi, « qui n’a pas payé n’a pas droit au travail et donc restera chômeur ou pauvre toute sa vie ». En outre, le jeune homme avoue que «le chef du village doit percevoir entre 20 et 30% de chaque salaire ».

A en croire le jeune et les originaires des villages comme Tchikanou, Mboubissi, Bondi et Mboukou, la pratique est à la mode dans le district de Hinda. L’emploi doit s’acheter. D’où des commentaires et des témoignages des plus attristants. Le cas de celui d’une vieille femme de Mboukou.. « Moi, je suis pauvre. Je n’ai rien pour donner au chef du village afin qu’il incorpore mon enfant dans la liste de ceux qui vont travailler avec les Blancs. Ça, c’est vraiment l’escroquerie et l’abus du pouvoir. Pourtant le président parle souvent du travail qu’il va donner aux jeunes. Mais avec ces chefs de village, les jeunes ne mordront que la poussière ! ». Une fille du village Siala semble connaître elle aussi l’affaire dite de « la vente du travail ». Et explique à sa manière : «Le copain de mon ami travaille à Socotrans. Chaque mois, il doit verser une ‘‘dîme’’ de 1.500 francs au chef du village, qui soi-disant l’a placé dans cette société ». Un jeune qui « fréquente » les employés de la Somac , affirme quasiment la même chose : «Là-bas, on prélève 3.000 francs Cfa pour verser au chef du village »

Malgré ces témoignages et ces plaintes, certaines personnes semblent cautionner la pratique. « La vente du travail n’est pas un mal propre aux chefs des village de Hinda. Un musicien a même dit que l’argent appelle l’argent. Ceux qui veulent être honnêtes, n’arrangeront pas le pays. Celui qui vous favorise doit aussi être satisfait. Il n’y a rien pour rien », explique un employé de Car oïl, un Ouest Africain qui refuse de parler  au micro d’un journaliste de peur de « perdre le boulot ».

Or, ces pratiques sont souvent lourdes de conséquences. Même les plus graves. Il y a près de deux ans, un paysan de Mboukou avait été tué dans sa bananeraie par un voleur. Un autre toujours dans le même village avait été gravement blessé par un voleur. L’affaire était arrivée jusqu’au niveau de la police. Et le monsieur avait été incarcéré. Si le vol qui est très proche de la violence ou du banditisme est souvent le résultat de la misère, comment s’étonner que des jeunes chômeurs aillent dévaster les champs d’autrui ? En ce moment, l’homme devient un loup pour l’homme.

Par ailleurs, plusieurs observateurs admettent que la prostitution est en train de prendre des proportions inquiétantes dans les villages. N’est-ce pas en grande partie à cause de la montée du chômage ? Si ce n’est pas vrai, c’est tout de même vraisemblable. Et quant au mal séculaire de la jeunesse africaine, à savoir l’exode rural, ne résulte-t-il pas du manque d’emploi au village ? Là, c’est visible comme les célèbres « réalisations » de l’autre. Les jeunes se ruent vers les grandes villes à la recherche du mieux être.

Si ces chefs des villages sont réellement coupables des faits évoqués, ne sapent-ils pas par cette pratique ignominieuse, les efforts consentis par les Congolais pour la lutte contre la pauvreté ? Assurément oui. Car, la création d’emploi est la solution idoine au problème de la pauvreté.

 Au juste, pensons un peu à leur chef qui les a nommés. Est-il au courant de ce qu’un habitant de Bondi a appelé « escroquerie hindaise » ? Sinon, l’histoire retiendra seulement qu’il fut un temps où les emplois de la « Nouvelle Espérance » et du « Chemin d’Avenir » en question étaient vendus aux Congolais et soldés à certains expatriés comme des bouts de pains à Hinda. Ce qui sera bon en 2016 pour « l’homme des actions concrètes » lors du troisième mandat (s’il modifie sa Constitution à l’instar de ses homologues dictateurs).

John Ndinga-Ngoma

Le Journal Talassa  

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