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Chronique : La Françafrique

La puissance de certains conseillers du prince se mesure parfois à leur capacité à savoir garder le silence. Pendant des années, Jacques Foccart et Pierre Juillet ont ainsi exercé une grande influence sur des hommes tels que Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Jacques Chirac sans quasiment jamais apparaître sur le devant de la scène médiatique. Ces derniers jours, Robert Bourgi, le " M. Afrique " officieux de Nicolas Sarkozy, a décidé de faire exception à cette règle.
La séquence commence il y a quelques jours dans Le Monde (daté 31 août). Au détour d'une longue enquête, ce fils spirituel de Jacques Foccart, l'homme des réseaux africains du général de Gaulle, déclare : " Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l'électeur le comprendra. ".
Lundi 7 septembre, de façon non subliminale, M. Bourgi était l'invité de Jean-Michel Apathie sur RTL. Après quelques propos d'usage - " La France n'avait pas de candidat au Gabon. Bien au contraire... " -, il est interrogé sur un épisode important du début du quinquennat de Nicolas Sarkozy : le départ de Jean-Marie Bockel du secrétariat d'Etat à la coopération deux mois après qu'il eut dénoncé " la Françafrique moribonde ". M. Bourgi se fait alors très précis. Rappelant le précédent de Jean-Pierre Cot, débarqué du ministère délégué à la coopération par François Mitterrand en 1982 à la suite des protestations de plusieurs chefs d'Etat africains, MM. Houphouët-Boigny et Bongo en tête, il explique que Jean-Marie Bockel avait souhaité " revenir à la source de la volonté de M. Jean-Pierre Cot ". Et il poursuit : " Papa - c'est ainsi, explique-t-il, qu'il appelait Omar Bongo - m'a téléphoné : "Fiston, est-ce que tu peux
 venir me voir ? Il faut que tu dises à Nicolas que moi et les autres, nous ne voulons plus de ce ministre." " " Alors, raconte M. Bourgi, je suis allé voir le président de la République à l'Elysée en présence de M. Guéant et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du président Bongo. Et il m'a dit : "Ecoute, dis à Omar - comme il l'appelle - et aux autres chefs d'Etat que M. Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis, un ami de M. Guéant. (...) Ce nouveau ministre, tu l'initieras à l'Afrique." " Le 18 mars 2008, M. Bockel fut remplacé par Alain Joyandet. Et le Quai d'Orsay, qu'a-t-il pensé de cette diplomatie parallèle ? M. Bourgi se fait biblique : " Il y a plusieurs portesdans la maison du père... ".
Pour mémoire, Nicolas Sarkozy, durant la campagne électorale de 2007, avait promis la " rupture " avec la " Françafrique ". En mai 2006, à Cotonou (Bénin), il avait appelé à " définitivement tourner la page des complaisances, des officines, des secrets et des ambiguïtés "...
Franck Nouchi.
Le Monde.fr

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