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ILLUSION PERDUE

Le président de la République a mis fin, à l'occasion du remaniement ministériel, à une expérience inédite en Europe : le secrétariat d'Etat français aux droits de l'homme. Le premier ministre, François Fillon, s'en est expliqué sans ménagement, mercredi 24 juin, en concluant que ce poste était " très difficile " et " pas extrêmement efficace ".
La création de ce portefeuille et, tout autant, le choix de le confier à Rama Yade avaient été l'un des symboles du premier gouvernement Fillon. Cette initiative traduisait la volonté de Nicolas Sarkozy de se démarquer de son prédécesseur, Jacques Chirac, notamment sur la Russie de Vladimir Poutine ou sur le Darfour. Se plaçant " du côté des opprimés ", le président nouvellement élu adressait ainsi, le 7 mai 2007, un signal très fort à " tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et les dictatures : le devoir de la France est d'être à leurs côtés ".
Bien sûr, les doutes n'ont pas manqué sur l'apparition d'un secrétariat d'Etat qui, faute d'homologues chez les partenaires de la France, peinerait à créer des synergies. De même, l'on s'est interrogé sur la capacité d'une novice à ce poste. Rama Yade est loin d'avoir démérité. Son succès médiatique et son choix de plusieurs thèmes-phares, comme le combat international pour la dépénalisation de l'homosexualité, lui ont permis d'exister et d'apporter un supplément d'âme à la diplomatie française.
Elle n'en a pas moins éprouvé l'étroitesse de ses marges de manoeuvre : pour une déclaration fracassante à propos du " Guide " libyen, elle a été contrainte au silence, par exemple lors du déplacement, en avril 2008, de M. Sarkozy en Tunisie, où il jugea que " l'espace des libertés progresse " dans ce pays.
Surtout, au fil des mois, la " realpolitik ", les intérêts économiques et les calculs stratégiques ont effacé les élans initiaux de M. Sarkozy. Les " 200 000 morts en Tchétchénie " et les assassinats politiques en Russie ont été " oubliés " lors de ses déplacements à Moscou. Le voyage à Pékin, en août 2008, malgré l'absence d'améliorations au Tibet, fut un autre tournant. Le coup de grâce a ensuite été porté par Bernard Kouchner, le ministre des affaires étrangères, pour qui " il y a une contradiction permanente entre les droits de l'homme et la politique étrangère d'un Etat ".
La suppression du secrétariat met peut-être fin à une contradiction, voire une hypocrisie, de l'Elysée. Mais, en le créant, la France s'était portée en pointe dans la défense, plus urgente que jamais, de droits dont l'universalité est contestée. Le signal envoyé aujourd'hui ressemble à une illusion perdue.

Le monde.fr

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