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« Bon entendeur, salut ! »
C’est en ces termes que , le 28 août 2009, le ministre d’Etat, ministre de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, monsieur Jean Martin Mbemba, clôturait la réunion de plus d’une heure, réunion dont l’objet portait sur une communication. Y prenaient part, tous ceux des agents ayant une parcelle de responsabilité dans ce département ministériel, à savoir : directrice de cabinet ; conseillers ; attachés ; directeurs généraux et inspecteur général ; directeurs centraux et inspecteurs divisionnaires ; secrétaires particulières et chefs de secrétariat ; chefs de service.
Au cours de cette rencontre où chacun des participants a reçu sa part de savon, le ministre d’Etat, ministre de la fonction publique, a, d’entrée de jeu, annoncé les couleurs, en remontant les bretelles de sa directrice de cabinet.
Celle-ci a eu la désobligeance d’inverser les rôles, en arrivant sur les lieux après son supérieur hiérarchique, qui avait déjà ouvert la séance. Comme si, à une réunion de conseil des ministres, le premier ministre, pour quelque raison que ce soit, peut se permettre de bouleverser la préséance, en prenant le train en marche.
Sur le fond, la particularité de cette réunion réside en ce que, outre le savon qu’il a passé à tous ses collaborateurs, le ministre a descendu en flammes les directeurs, et particulièrement les directeurs généraux (directeur général de la fonction publique et directrice générale de la réforme de l’Etat). Les deux directeurs généraux ont eu le tort, à l’occasion de la mission des experts de la banque mondiale et du fond monétaire international, de livrer à ceux-ci les informations nécessaires qui ont abouti à la rédaction du rapport de mission.
C’est donc le contenu de ce rapport, qui aurait sorti le ministre de ses gonds, et justifierait les foudres qui se sont abattus sur les directeurs généraux, dont la manière de se comporter a été décrié.
Le ministre d’Etat, pour soutenir son réquisitoire,a évoqué l’ingratitude dont font montre les agents et cadres du ministère de la fonction publique. Ils ont craché dans la soupe, a-t-il claironné, en ce qu’ils ne se souviennent pas de ce que :
- c’est sous son autorité et grâce à son implication personnelle que le cadre du ministère de la fonction publique et de la réforme de l’Etat s’arrime petit à petit à la modernité. Car, dans ce département, les agents qui « s’asseyaient les uns sur les autres » ont retrouvé le sourire par la construction d’un bâtiment pimpant neuf, alors que tous ses prédécesseurs depuis 1983 ont brillé par le laxisme, mais aussi par la dotation d’équipements modernes, très perceptibles à tous les niveaux ;
- la désignation à des postes de responsabilité à tous les niveaux du département ministériel, des cadres maison, avec conservation des fonctions pour ceux qui les assumaient déjà , est une réalité ;
- l’amélioration des relations demeurées longtemps exécrables avec les différents services du ministère des finances, notamment sur la question de recrutement, où une confusion énorme taraudait les esprits des responsables de ce département qui se donnaient les gants d’exercer à tort cet attribut ;
-la participation des cadres de ce département à des séminaires, qui se sont déroulés à l’étranger notamment, témoigne de la bonne ambiance.
De ce rappel des faits (non limitatifs), le ministre a montré que sa bonne foi n’a pas suffi pour rencontrer la sympathie des cadres du département en général, et des directeurs (directeurs généraux et directeurs centraux), qui s’ingénient, de jour comme de nuit, à polluer l’atmosphère. A preuve: son interpellation par le Président de la république sur le caractère véreux et affairiste de nombre de ses collaborateurs.
Dans ce cadre, il a dressé un chapelet de manquements à l’encontre des deux directeurs généraux, qui excellent plus dans la calomnie et la médisance que dans le mérite du travail bien fait. Au compte de la calomnie et de la médisance, il a été relevé, les dénonciations portant sur :
- l’absence de moyens roulants, qui auraient épargné aux responsables de ce département le spectacle odieux vécu dans les transports en commun où les usagers sont exposés à tous les risques, qui vont des rixes au vol ;
- l’exercice par le cabinet des attributions régulièrement réservées à la direction générale de la fonction publique, notamment la question de recrutement qui lui échappe complètement.
Le ministre d’Etat, qui ne pouvait pas tolérer de telles inepties, a révélé, que la compétence et la probité dont se prévalent ces directeurs, ne sont qu’un écran de fumée. Il a d’ailleurs balayé d’un revers de la main toutes ces allégations, qui seraient, de son avis, des faux-fuyant, ainsi qu’il est aisé de le constater :
a) La D.G.R.E, incapable de faire sa communication à l’occasion de la formation de nouvelles recrues à la fonction publique, a succombé devant le parterre des autorités, des responsables, des cadres et agents du ministère de la fonction publique et de la réforme de l’Etat. Autant, celle-ci, à l’occasion des grands séminaires où elle a participé pour le compte du ministère (ce qui a été le cas du séminaire tenu à Adis Abéba), elle s’est montrée incapable de prendre la parole. Et pire, la revendication de véhicule de fonction qui est posée, n’est en réalité qu’un faux problème, puisque, aussi longtemps que cela a été, le ministre lui-même, à la suite des ennuis mécaniques de son moyen, à bénéficié de la mansuétude de l’un de ses conseillers.Alors que, dans le même temps, la D.G.R.E ne répondait pas à l’appeldu ministre qui lui donnait quittus de faire réparer le véhicule abandonné dans l’enceint du ministère. Là aussi, il faut relever-même si le ministre est par essence de parofession libérale(avocat, avec 29ans d’expérience),devrait s’aviser que les dépenses de fonctionnement d’un service public sont toujours à la charge des seuls pouvoirs publics. A moins que…
b) Le D.G.F.P, pour ce qui le concerne, est entièrement impliqué dans le réseau mafieux des recrutements à la fonction publique, qui a pris cours depuis quelque temps, et qui ternit gravement l’image de ce département et de ses agents. En ce sens, n’eût été la bonne foi du ministre, nombre des cadres et autres agents de ce département, dont l’implication dans ce réseau est incontestable, seraient déjà présentés devant le juge pour escroquerie, faux et usage de faux, usurpation de pouvoir (puisque le recrutement dont il s’agit, est de la seule compétence du ministre).
A la vérité, ces observations, aussi fondées fussent-elles, ne méritaient pas d’être faites en cette occasion.
Le pouvoir de Brazzaville, au travers du ministre d’Etat, ministre de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, vient de donner la preuve de la nature des autorités et autres responsables, qui, par sotte d’humeur, se permettent de :
- passer à tabac les collaborateurs : ce qui a été le cas pour l’administrateur maire de Makélékélé, qui n’avait pas hésité d’utiliser ses coups de poing pour redresser l’ancien directeur de l’hôpital de base de cet arrondissement ; mêmement pour l’ancien préfet du niari, qui, profitant de sa qualité « d’ancien champion d’Afrique de boxe », a donné une correction à l’ancien trésorier payeur régional de ce département ;
- de recourir à des méthodes expéditives pour se débarrasser des citoyens « inciviques » : le cas de l’ancien maire de Bacongo, qui n’a pas hésité, au cours d’une discussion avec un de ses administrés, de faire usage de l’arme de guerre, pour se faire justice ;
- d’ériger la désinformation comme méthode de communication : telle est curieusement la particularité du ministre de l’information, porte parole du gouvernement, qui, à hue et à dia, donne diverses justifications pour un même fait. Les justifications fantaisistes et flexibles de l’interdiction de sortie du territoire national dont sont frappés les leaders de l’opposition, témoignent du désordre récurrent qui s’est installé au sommet de l’Etat.
Quoi qu’il en soit, les dérapages du ministre d’Etat, ministre de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, comme ceux de ses collègues, prouvent à suffisance, que nombre de ces autorités, en dépit des diplômes obtenus dans les grandes écoles, ne maîtrisent pas encore les techniques de management.
Aussi, sur le fondement des préceptes édictés par Henri Fayol, nous faisons-nous le devoir de rappeler :
- L’autorité : c’est le droit de commander et le pouvoir de se faire obéir. On ne conçoit pas l’autorité sans responsabilité, c’est-à-dire sans une sanction – récompense ou pénalité – qui accompagne l’exercice du pouvoir. Ce qui signifie que, le ministre d’Etat, au lieu de déclarer devant toute l’assistance l’incompétence et la mauvaise foi des directeurs, aurait mieux fait d’utiliser son pouvoir discrétionnaire. A cet égard, la relève de ces cadres deviendrait la solution idoine. Enfin, même dans les régimes les plus autocratiques, le Président de la république, pour se séparer d’un ministre indésirable, n’est pas autorisé d’informer le peuple (et les de celui-ci, au premier plan) de ses manquements.
- L’unité de commandement : pour une action quelconque, un agent ne doit recevoir des ordres que d’un seul chef. Ce qui signifie que, pour le cas de la D.G.F.P, quelle que soit la catégorie des agents, ceux-ci sont placés sous l’autorité hiérarchique d’un seul chef, le directeur général de la fonction publique, sous l’autorité duquel ils exécutent le programme pour un ensemble d’opérations visant le même but. Autrement, la pratique courante à la fonction publique, visant à mettre en relief madame le chef de service des recrutements et à contourner le directeur général pour la même question, est une hérésie.
- L’ordre : pour que l’ordre social règne dans une administration, il faut, qu’une place soit réservée à chaque agent et que chaque agent soit à la place qui lui a été assignée (the right man in the right place). En d’autres termes, le ministre, pour faire des remarques à ses collaborateurs immédiats, n’a pas besoin des responsables placés au bas de la pyramide.
- L’union du personnel : en vertu de l’adage «l’union fait la force », il faut veiller, à :
a) Ne pas diviser son personnel : diviser les forces ennemies pour les affaiblir est habile ; mais diviser ses propres troupes est une faute lourde contre son administration. C’est ce que n’a pas compris le ministre d’Etat, qui a consacré l’essentiel de son acrimonie, sur les deux directions générales, comme si rien n’était à reprocher à son cabinet et à l’inspection générale des services administratifs. Ce qui se comprend aisément, puisque, les animateurs de ces instances, sont aussi les hiérarques de son parti (l’U.P).
b) Ne pas abuser des communications : pour tout dire, le ministre d’Etat, pour le compte de la réunion du 28 août 2009, est sorti de l’épure, car, sa communication, aussi légitime fût-elle, ne se justifiait pas en ces circonstances, à moins que ce ne fût l’occasion de vouloir humilier chefs hiérarchiques devant les collaborateurs.
Au vrai, le pouvoir de Brazzaville, au delà du satisfecit claironné çà et là, accuse un véritable déficit, sur la question du management notamment. A l’aube du « Chemin d’avenir », il est urgent, voire nécessaire qu’une attention particulière soit portée en cette science, qui aiderait, les nouveaux locataires des départements ministériels, de ne plus retomber dans les mêmes travers.
La remise à selle de l’Institut Panafricain de Management de Pointe noire, appelé de tous ses vœux par l’ancien président de la république, le professeur Pascal Lissouba, est à ce prix.
In fine, le ministre de la fonction publique, sur l’imminence d’un nouveau gouvernement (dont on n’est jamais sûr de revenir), a pété les plombs.
Ghys Fortuné DOMBE BEMBA